Un agriculteur dans son champ ou devant son bâtiment, le bras en l’air avec son téléphone, essayant de capter un hypothétique réseau, voila une scène de vie courante dans les campagnes françaises. À l’heure des déclarations Pac sur Internet, du guidage par GPS et des machines connectées, la difficulté à disposer d’un réseau correct pour téléphoner, surfer sur Internet ou mê...
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Un agriculteur dans son champ ou devant son bâtiment, le bras en l’air avec son téléphone, essayant de capter un hypothétique réseau, voila une scène de vie courante dans les campagnes françaises. À l’heure des déclarations Pac sur Internet, du guidage par GPS et des machines connectées, la difficulté à disposer d’un réseau correct pour téléphoner, surfer sur Internet ou même récupérer une correction de signal RTK par GPRS alimente les conversations dans les réunions entre agriculteurs et entrepreneurs. C’est le paradoxe de l’agriculture française. Alors que les chefs d’exploitation sont demandeurs de solutions connectées et consommateurs d’informations et de divertissements par Internet, ils sont freinés dans leur développement par cette mauvaise couverture des zones rurales. Des éleveurs de l’Oise bien décidés à passer au robot de traite en ont fait la triste expérience. Leur investissement est pour l’instant bloqué par l’absence totale de réseau téléphonique sur leur exploitation. Et qui dit pas de téléphonie mobile dit pas de SMS d’alerte et donc pas de robot de traite. Leur collègue aveyronnais Christophe Pagès, qui s’est fait connaître en dénonçant la lourdeur administrative des SNA, a constaté qu’il lui fallait plusieurs jours pour télécharger son dossier Telepac en raison du faible débit Internet sur son exploitation.

Vanik Berberian, président de l’Association des maires ruraux de France dénonce régulièrement la persistance de ces « zones blanches », c’est-à-dire les territoires sans réseau 3G/4G, téléphonie mobile et ADSL, qui semblent n’intéresser aucun fournisseur d’accès en raison de la faible rentabilité. Selon l’Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques et des postes), 99,8 % de la population rurale serait couverte par au moins un opérateur de téléphonie mobile. Mais encore faut-il choisir le bon et, surtout, ces statistiques concernent la population et non le territoire. De nombreuses parcelles et bâtiments isolés ne sont donc pas couverts. Pour l’ADSL, la couverture est proche de 98 %, mais les débits sont extrêmement variables, notamment en raison de l’effet « bout de ligne ».

Un réseau inadapté

Être en bout de ligne, ça signifie être suffisamment près de la borne principale pour être éligible au raccordement, mais trop loin pour avoir un débit correct. « En clair, toutes les exploitations agricoles qui ne sont pas dans les centres-bourgs sont en bout de ligne », ironisent des représentants des entrepreneurs d’Ille-et-Vilaine, qui se battent depuis trois ans pour faire évoluer les choses à grand renfort de pétitions. Une mobilisation qui se retrouve à l’autre bout de la France, dans le Doubs et le Jura où les élus dénoncent l’hypocrisie des statistiques qui ne parlent que de « centre-bourg » et oublient tous les hameaux et lieux-dits. Et pour compliquer les choses au niveau de la communication, les maires ruraux constatent une dégradation du service téléphonique filaire, avec un manque d’entretien des lignes. Une situation qui ne risque pas de s’améliorer puisque l’opérateur historique Orange va cesser de commercialiser des nouvelles lignes sur son réseau téléphonique commuté (RTC). Cette décision entrera en vigueur à partir de la fin de 2018 pour les lignes analogiques et la fin de 2019 pour les services numériques. L’opérateur historique veut se concentrer sur la téléphonie IP (protocole internet) et équiper à terme tous ses abonnés de box pour le téléphone fixe. Dans un premier temps, Orange ne stoppera pas directement le RTC mais arrêtera d’ouvrir des nouvelles lignes via cette technologie. À partir de 2021, l’opérateur entamera la fermeture technique du RTC. Cet arrêt sera progressif, par zones géographiques. En tant qu’opérateur historique, Orange est le seul habilité à ouvrir et entretenir ce type de ligne. L’Arcep a assuré qu’elle ne s’opposerait pas à la fermeture du réseau RTC tant que l’opérateur respectera un certain nombre de préavis, et notamment l’annonce de l’arrêt au moins cinq ans à l’avance pour chaque zone géographique.

Un observatoire pour les zones peu denses

Pour les zones rurales, l’espoir vient du passage à la TNT haute définition qui va libérer les fréquences dites « en or » et transférer la bande des 700 MHz de la TNT pour les services mobiles. Ce sont des fréquences qui pénètrent le béton et peuvent traverser les forêts. Pour obtenir ces fréquences, les opérateurs de téléphonie mobile ont des obligations de couverture des zones peu denses. Mais encore faut-il les respecter. Ainsi, l’Arcep vient de mettre en demeure Bouygues Telecom et SFR de respecter leur prochaine échéance concernant la couverture en 4G des zones peu denses. L’Arcep a en effet fixé un objectif de 40 % de couverture de ces zones à Bouygues Telecom, Orange et SFR d’ici au 17 janvier 2017. Sont définies comme « zones peu denses » les 22 500 communes regroupant 18 % de la population mais représentant 63 % du territoire. Les opérateurs doivent y assurer une couverture qui va au-delà des centres-bourgs. Alors qu’Orange a déjà atteint 33 % de la population de ces zones, Bouygues Telecom et SFR déclarent couvrir respectivement 12 % et 8 % des secteurs peu denses. Les deux opérateurs s’étonnent de cette mise en demeure et assurent qu’ils tiendront leurs objectifs. Dans le cadre du programme de couverture des zones blanches, les opérateurs ont aussi l’obligation de couvrir en 3G la totalité des centres-bourgs des communes répertoriées d’ici à la fin de 2016, et en 4G d’ici à la fin de juin 2017. Parallèlement, l’Arcep a lancé le 19 février 2016 un observatoire des déploiements mobiles dans les zones peu denses. Il fera chaque trimestre le point sur l’avancée du déploiement de la 2G, 3G et 4G par les opérateurs.

Des solutions coûteuses

Concernant Internet, des solutions existent pour améliorer le débit de la connexion. La plus fiable et prometteuse est l’utilisation d’une connexion par satellite. Cette prestation, proposée par des sociétés spécialisées comme NordNet et Ozone, offre un débit pouvant atteindre 20 mégabits, quel que soit l’emplacement de la ferme. En plus de l’installation d’une parabole, cette solution nécessite un abonnement mensuel d’un montant sensiblement équivalent à celui d’une box ADSL. Enfin en apparence seulement, car pour 40 euros par mois, vous n’aurez droit qu’à 20 Go de données. Un volume suffisant pour les activités classiques de la ferme comme Telepac, le suivi des marchés et la météo, mais qui trouvera rapidement ses limites si la connexion Internet est utilisée par la famille pour visionner des films ou même jouer en ligne. Dans ce cas, il faudra plutôt regarder du côté des forfaits 100 Go, autour de 90 euros par mois.

Des tarifs sur lesquels s’alignent bien entendu les fournisseurs de la solution alternative WiMax. Cette technologie basée sur le standard de transmission radio 802.16 permet la transmission de données Internet haut débit par voie hertzienne. Le débit théorique maximal supporté par le WiMax est de 70 Mbits/s sur une distance théorique de plusieurs dizaines de kilomètres. Une solution qui fonctionne bien « quand elle le décide », tempèrent les maires ruraux. À ce rythme, il faudra encore être patient quelques années pour avoir un débit digne de la technologie présente sur les exploitations.

Vincent Gobert et Corinne Le Gall