Publié le vendredi 05 juillet 2002
En production biologique, Dominique de Montleau sélectionne les cultures les plus rentables et développe la production de semences.
Issu d'une famille d'agriculteurs de Charente, Dominique de Montleau s'est installé dans le Tarn en 1975, sur 28 ha de terres agricoles. Aujourd'hui, l'exploitation compte une quarantaine d'hectares de SAU en sols de boulbène. Ces sols ont tous été drainés et une trentaine d'hectares sont irrigués à partir de deux lacs collinaires, créés avec des voisins.Sur l'exploitation, deux activités ont longtemps été menées de front : 6 à 12 ha de contrats de multiplication de semences de maïs sur un îlot de 18 ha et des grandes cultures en production biologique. ' J'ai converti progressivement mes terres au bio, au fur et à mesure de la croissance du marché, et je me suis vraiment lancé quand nous avons créé la coopérative biologique de Midi-Pyrénées en 1992. Nous avions alors un marché assuré, explique Dominique de Montleau. Au début, la production conventionnelle de maïs semences restait indispensable pour faire face aux emprunts, mais aujourd'hui, l'agriculture biologique apporte un revenu plus important. ' La réduction des contrats de semences de maïs et des prix, les difficultés techniques, avec des lignées parentales fragiles et les problèmes de main-d'oeuvre pour la castration ont réduit l'intérêt de cette production. Et au printemps 2000, Dominique de Montleau a signé un CTE pour reconvertir les 18 ha précédemment consacrés à la rotation de maïs semences. Cette reconversion simplifiera le choix de l'assolement, car jusqu'à présent, la cohabitation de cultures conventionnelles et de cultures biologiques était contraignante. Il est en effet interdit de cultiver un blé conventionnel dans la rotation consacrée aux semences, en même temps qu'un blé biologique dans la rotation bio. Dominique de Montleau a donc essayé de nombreuses productions : betteraves porte-graines, tomates de plein champ, lupins, féveroles, lentilles biologiques. Mais ses terres difficiles, battantes et à faible réserve en eau ne convenaient pas bien à ces cultures. ' Les prix ont baissé. De 2,74 €/kg (18 F) pour les lentilles, on est maintenant à 0,76 € (5 F). Or sur une petite exploitation, chaque culture doit être rentable ', remarque Dominique de Montleau. En 2001, il a cultivé du persil porte-graines en complément d'un assolement qui est réparti à concurrence des deux tiers pour le soja (graines et semences), et d'un tiers pour le blé. Le soja convient bien aux sols de l'exploitation. Il consomme peu d'engrais et est peu sujet aux maladies. Dominique de Montleau réalise une très bonne performance avec des rendements de 30 q en moyenne, et avec des variations inhérentes à la production biologique, de 20 à 40 q. La production de blé plafonne à 50 % des rendements du conventionnel, soit à 30 q/ha en moyenne. Le désherbage est bien maîtrisé. Mais les intrants restent rares. En blé, l'apport d'azote est restreint à 50 unités, car le prix des produits autorisés avoisine les 4,6 € (30 F) l'unité, et il n'y a pas de traitement contre la rouille. Dominique de Montleau n'apporte aucun engrais de fond, mais il amende le sol avec 300 kg/ha par an de lithotame et il échange de la paille contre du fumier avec son voisin, éleveur bio. ' Nous manquons de tout. D'azote, de matière organique. De plus, mes sols sont carencés en acide phosphorique. Cependant, sur les terres en conversion, la structure du sol s'améliore. J'ai l'impression qu'un travail du sol correct suffit et que l'irrigation favorise la vie du sol en créant un microclimat. Mais nous manquons encore de connaissances ', indique Dominique de Montleau. Il a également essayé de se diversifier dans l'élevage de poulets bio livrés à domicile mais la production était insuffisante pour amortir la certification. L'exploitation reste donc spécialisée dans les grandes cultures. Les charges opérationnelles sont faibles et les charges de structures raisonnables. Tout le matériel tracté est en Cuma et les investissements fonciers, de drainage et d'irrigation sont amortis. Enfin, avec un chiffre d'affaires modéré, l'exploitation est au forfait et elle a dégagé un excédent brut d'environ 35 500 € (233 000 F). ' Je préfère avoir un chiffre d'affaires plus bas, mais une marge confortable et peu d'annuités à rembourser. Compte tenu des avantages en nature, avec un prélèvement faible, j'obtiens tout de même l'équivalent d'un salaire mensuel de 1 220 € (8 000 F) pour un travail à mi-temps. C'est tout à fait satisfaisant. Je m'investis dans la gestion de la commune et je vis dans un cadre magnifique ', se félicite Dominique de Montleau, dont les enfants sont déjà grands et dont la femme travaille à l'extérieur. Pour l'avenir, il prévoit une baisse de l'excédent d'exploitation, lorsque le CTE arrivera à son terme, et une érosion des prix qui devrait atteindre 10 à 20 centimes dès 2002. Il continuera donc la recherche de productions végétales biologiques rentables, en développant par exemple la production de semences. C'est déjà le cas puisque la moitié de la surface de soja est utilisée pour la multiplication et, à terme, ce pourrait être aussi le cas pour du blé. ' Le marché va se développer, car l'utilisation de semences biologiques sera obligatoire dès 2004. Nous expérimentons donc ces productions dès à présent ', conclut-il.
Denise Marty
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