Publié le vendredi 28 juin 2002
Laurent Rochette, Didier et Paulette Debard ont réuni leurs compétences et deux exploitations pour en faire un outil de travail plus fonctionnel, plus performant... et plus agréable.
Le Gaec des Cimes porte bien son nom : l'exploitation dont s'occupent aujourd'hui les trois associés est en effet perchée à 1 150 mètres d'altitude, à Saint-Clément, dans les Monts du Mézenc. ' L'idée de travailler ensemble a germé lors d'un voyage que nous avons fait en 1995. Nous étions partis visiter des stabulations ', évoquent avec le sourire Laurent Rochette et Didier Debard. À cette époque, Laurent exploitait seul 90 hectares, doté d'un quota de 85 000 litres de lait. Il avait auparavant repris, en 1990, l'exploitation familiale de 65 hectares avec 35 000 litres de quota.Didier, quant à lui, tout juste sorti de ses études, se trouvait confronté à une éventuelle reprise de l'exploitation familiale à la suite du décès de son père. ' Mais avec 33 hectares, 60 000 litres de lait et quelques primes à la vache allaitante, j'hésitais ', raconte le jeune homme. Après un essai concluant de travail en commun durant l'été 1995, l'association est décidée, et le Gaec créé en 1996 avec la mère de Didier. Trente hectares supplémentaires sont alors repris. Les surfaces réparties en trois sites, tout le matériel ainsi que les deux troupeaux ont été mis en commun. ' Nous arrivions dès lors à un quota de 270 000 litres, avec l'envie de créer un outil de travail plus moderne que les bâtiments existants ', explique Laurent. ' Nous avons réalisé à trois un investissement qu'un seul d'entre nous n'aurait jamais pu envisager ', précise Didier. Une stabulation libre à logettes d'une capacité de 110 places a été construite en 1998 pour un investissement global de 228 670 euros (1,5 million de francs). La charpente et le bardage sont en bois. Un couloir central d'alimentation, trois stations de distribution automatique de concentrés (Dac), une salle de traite très fonctionnelle en deux fois cinq postes, ont amélioré aussi bien les conditions de travail des éleveurs, que les conditions d'ambiance pour les animaux. La progression des résultats techniques en témoigne. ' Gagner du temps dans le travail quotidien permet de réfléchir à d'autres projets, d'avancer dans notre métier sans être toujours à cran. Travailler à plusieurs permet aussi de partager les soucis et les décisions, soulignent de concert les associés. De plus, quand l'un de nous partira en vacances, il restera un responsable de l'exploitation sur place ! ' Mais pour l'heure, les préoccupations majeures demeurent d'ordre professionnel, avec la mise en place d'une production de veaux de lait en mai 2001. La difficulté de vendre les veaux laitiers naissants et la bonne valorisation retirée de quelques animaux vendus gras à des particuliers ont incité les éleveurs à se lancer dans cette production. Pour ce faire, ils ont choisi de travailler avec le GIE (1) des Veaux des Monts du Velay. ' Malgré les contraintes et les exigences de cette activité, nous y croyons pour pallier une baisse éventuelle du prix du lait. En plus, à raison de 1 500 litres consommés par tête, les veaux représentent de bonnes 'éponges à lait hors quota' ', ajoutent-ils.Pour loger davantage d'animaux en respectant les normes requises, la construction d'un nouveau local est prévue à court terme. L'objectif est en effet de produire une cinquantaine de veaux en 2002. ' Nous avons une bonne marge de progression sur la qualité des animaux. La conformation et l'état d'engraissement sont à améliorer. En revanche, nous n'avons pas de problèmes de couleur de viande ', explique Paulette Debard, qui consacre à l'alimentation des veaux l'équivalent du temps de la traite. L'objectif est de finir un maximum de ces animaux. A terme, quelques veaux issus du troupeau allaitant seront certainement détournés sur cette voie, plutôt que d'être vendus en broutards. A cet effet, les éleveurs envisagent de croiser en partie leurs charolaises avec du limousin. ' Le troupeau allaitant a été jusqu'à présent un peu délaissé par rapport aux laitières. Il occupe toujours les parcelles les plus éloignées. Sur ce troupeau aussi, notre marge de progression est intéressante ', soulignent Didier et Laurent. Les associés du Gaec des Cimes se qualifient eux mêmes de ' fous, mais de fous heureux ', car les projets foisonnent et chacun a le sentiment d'aller de l'avant. L'idée d'un quatrième associé éventuel fait tout doucement son chemin. ' Avec le potentiel de production et d'évolution dont nous disposons, il y aura à terme la place et le revenu pour une quatrième personne ', assurent, sans vraiment hésiter, les montagnards.
Monique Roque
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