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La France Agricole numéro 2941

Semis direct et OGM ont conquis la pampa

Publié le vendredi 21 juin 2002

Comme beaucoup d'agriculteurs argentins, Federico Zerboni cultive en semis direct et utilise massivement les OGM. Car sa compétitivité en dépend.

Pour arriver à l'estancia ' Rio Areco ' (province de Buenos Aires), on emprunte une longue route communale en terre, régulièrement entretenue par une niveleuse.
Contrairement à beaucoup de propriétaires terriens qui vivent à la ville, parfois à plusieurs centaines de kilomètres de leur exploitation, Federico Zerboni a sa maison plantée au milieu des champs. Quelques kilomètres plus loin, on arrive au siège de la ferme avec son silo, son séchoir et son hangar à matériel. Rien de rutilant pour une exploitation qui compte quand même... 2 541 hectares. Ici, pas de subventions, pas d'organisation de marché, pas d'intervention. Le gouvernement argentin n'a pas de politique volontariste à l'égard d'un secteur qui pèse pourtant beaucoup dans l'économie du pays. Surtout, il n'en a pas les moyens financiers. La dépense de chaque peso est donc mûrement réfléchie par les agriculteurs. Au quotidien, ils raisonnent constamment en termes économiques.
' En général, le producteur argentin survit plutôt qu'il ne vit, explique Federico Zerboni. Donc, il faut qu'il soit très, très compétitif. Sinon, il disparaît. '

Pour Federico Zerboni comme pour ses collègues, les deux clés de la compétitivité s'appellent semis direct et OGM. En Argentine, près d'un hectare sur deux est implanté comme cela, sans labour (soit 11,6 millions d'hectares), 20 % des superficies de maïs sont transgéniques et 90 % des surfaces de soja sont génétiquement modifiées pour résister au Roundup (soit 9 millions d'ha). Il s'agit d'un phénomène récent, enclenché à partir de l'année 1996 en réponse à la forte chute des prix sur les marchés internationaux. Un virage qui a aussi été permis par la forte diminution du litre de Round-up, passé de 13 $ en 1990 à 3 $. Le semis direct sans les biotechnologies ? ' Ce serait encore trop cher pour passer ', assène le cultivateur. Toutes les productions de Federico Zerboni sont implantées en semis direct.
L'une des clés du système est d'organiser une bonne rotation des cultures et d'avoir toujours une bonne couverture du sol. C'est pour cette raison qu'il cultive du blé, alors que ce n'est pas une production spécialement intéressante pour la région. La conduite traditionnelle consiste à implanter un soja en dérobé derrière du blé, de manière à avoir deux récoltes dans l'année. Puis, il fait un maïs l'année suivante et, celle d'après, un soja en culture principale. Depuis peu, il teste du maïs en dérobé derrière le blé (à la place du soja). En plus de l'aspect économique, le semis direct structure bien les sols et évite qu'ils ne se compactent sous l'action des pluies (la région est très arrosée, d'où l'appellation de pampa humide). Dans les sols argileux, il utilise toutefois des infiltromètres (tubes gradués qui se terminent par une sorte d'éponge) pour détecter d'éventuels problèmes d'écoulement d'eau et situer la profondeur du compactage. En dessous de 15 à 20 mm/h, un passage de décompacteur peut être décidé.

Le semis direct a trouvé avec le soja OGM le partenaire idéal dans la mesure où le labour a été remplacé par un désherbage chimique. Les passages de Roundup sont nombreux : durant l'interculture entre le maïs et le soja, juste avant le semis, puis à deux reprises en végétation à raison de 2 l/ha jusqu'à ce que les rangs couvrent le sol.
' L'introduction du maïs Bt, résistant à la pyrale, a permis de diminuer mes frais de séchage, explique Federico Zerboni. Avec ce type de maïs, les tiges ne se cassent plus à maturité et l'on peut se permettre de laisser sécher sur pied sans risque. ' Il récolte ainsi du maïs à 14-15 % et peut donc stocker sans séchage dans les boudins plastiques. Grâce à ce nouveau système, il peut vendre plus tard, une fois que les cours ont remonté. Federico Zerboni n'hésite pas à dire que ce stockage est en train de révolutionner le mode de commercialisation des céréales.





Philippe Pavard


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