Publié le vendredi 31 janvier 2003
Lorsque les communes se donnent la peine d'écouter les adolescents, de les responsabiliser et de les encadrer, les bonnes surprises ne manquent pas.
Au bout de la presqu'île de Crozon, Camaret (2 500 habitants) est à 50 kilomètres de tout lycée. La ville doit laisser partir le lundi matin ses adolescents vers Brest ou Châteaulin. Difficile donc d'animer une maison des jeunes qui voit ses membres les plus responsables quitter la structure dès 15 ans. Pourtant après une période de déshérence qui a obligé la mairie à fermer la Maison des jeunes pour cause de dégradation, elle a rouvert ses portes il y a 4 ans : ' Il faut un animateur sur place pour veiller à ce que les locaux soient respectés, mais aussi pour encourager les jeunes à monter leurs propres projets ', explique Gaëtan Lastenet, responsable de la maison des jeunes de Camaret. Il est employé par la mairie de Camaret et en relation régulière avec l'Ulamir (Union locale animation en milieu rural) de Crozon qui apporte ses conseils à sept communes de la presqu'île (1).' Lorsque les jeunes ont voulu organiser des soirées ' DJ ', certains ont été formés à l'utilisation du matériel acheté. Quand ils participent à la décoration, ils tiennent à la propreté des lieux. ' A Camaret la municipalité a mis en place une véritable politique pour la jeunesse depuis 1998, avec un volet pour les plus jeunes (centre de loisirs...) et un volet pour le public plus incertain des adolescents. Elle a signé un contrat temps libre avec la Caisse d'allocations familiales (Caf), embauché et formé un animateur puis deux. ' Nous avons 83 adhérents dont une quarantaine de jeunes. Nous proposons des activités d'animation si elles n'existent pas sur la commune. La partie culturelle est la plus développée. A la demande des jeunes nous programmons des sorties bowling ou karting à Brest ou Quimper. Mais ils organisent des lotos ou des vide-greniers pour reduire le coût. ' Une sortie, c'est d'entrée de jeu 200 € de frais si le déplacement demande un bus. Les jeunes ruraux des Vosges connaissent eux aussi l'isolement : 75 % des communes comptent moins de 500 habitants. La Fédération des foyers ruraux des Vosges a confié une nouvelle mission il y a deux ans à son animateur jeunesse départemental, Sébastien Martine. Pour éveiller les envies des adolescents, il a contacté les animateurs bénévoles de plus de 16 ans des foyers ruraux des Vosges, titulaires d'un diplôme d'animation. Grâce à eux, il a réuni des adolescents : ' Ce qui compte ce n'est pas d'être à trois cents sur un cyberprojet mais de se retrouver à dix ou quinze pour faire émerger leur projet. Nous nous appuyons sur le couple municipalité - foyer rural. ' Laurent Houillon du foyer rural de Socourt aujourd'hui étudiant en sociologie à Nancy a été l'un de ces jeunes animateurs bénévoles. ' Nous avons monté un premier camp de ski en Suisse avec des plus de 16 ans. Nous avons baissé le coût en organisant un repas au foyer de Socourt. Cela s'est terriblement bien passé. Nous avons eu le soutien de la Caf, du foyer et nous avons cherché les tarifs avantageux. De 370 €, le coût du séjour est tombé à 150 € '. Cette année quinze jeunes du département de 10 à 15 ans repartent avec l'aide de la Caf, de la MSA et des mairies. ' Nous ne faisons pas de la prestation de service. Les jeunes doivent s'investir ', rappelle Sébastien Martinet. ' Les actions prennent là où les adultes, les communes s'occupent pleinement de la jeunesse comme à Harol (500 habitants) '. Dans ce village qui rassemble sept hameaux, le club des jeunes qui existait depuis 30 ans, a adhéré à la Fédération des foyers ruraux pour se relancer. Et cet été Thomas Julien Charles, Melissa Pauline Laura Jérémie Lucie Adélaïde et Zoé sont partis en camp, à Bures (Moselle) près d'un lac. Non sans avoir établi leur budget, vendu du pop-corn à toutes les séances de cinéma du foyer, organisé un loto, servi le repas de gala du foyer. Chaque famille au final a payé 170 €. ' La préparation les responsabilise. Leur présence dynamise le village ', précise la présidente du foyer Virginie Goutte. Tandis que les jeunes concluent ' que même si pour certains on n'est pas moderne, nous avons plus d'activités que ceux de la ville '. Prochaine étape : tenter d'organiser un camp à la mer. La vente des pop-corn va reprendre.
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