Publié le vendredi 29 novembre 2002
Alain et Danielle Biard se sont reconvertis, il y a quinze ans, dans la production de viande. Malgré les difficultés de la transition, ils ne regrettent pas leur choix.
Trouver un revenu régulier dans la production de viande, c'est possible ! ' Depuis plusieurs années, nous approvisionnons en jeunes vaches de réforme un boucher de Chalabre, Julien Bonnery, à raison d'une toutes les deux ou trois semaines. Nous avons ajusté nos méthodes de travail pour répondre à sa demande et convenu d'un prix fixe de 3,65 €/kg carcasse (24 F). Notre trésorerie est devenue pratiquement aussi régulière qu'avec le lait ', constatent Alain et Danielle Biard qui élèvent aujourd'hui un troupeau de 50 vaches limousines à Mirepoix, dans l'Ariège.Leurs débuts dans l'élevage allaitant n'ont pourtant pas été faciles. En 1987, alors qu'ils produisaient 200 000 litres, ils ont décidé de profiter de la prime à la cessation d'activité laitière. ' Tant que nous étions deux couples sur l'exploitation, nous pouvions nous relayer pour la traite. Mais mes beaux-parents allaient prendre leur retraite dans deux ans, c'était le moment de réfléchir à ce que nous voulions faire, avant d'engager des investissements ', souligne Danielle. La moitié seulement des 50 vaches a été vendue dès la première année. Avec les laitières restantes, Alain et Danielle se sont lancés dans la production de veaux sous la mère. ' Nous choisissions des veaux de race limousine ou croisés, et lorsqu'il y avait des femelles bien conformées, nous les gardions au lieu de les revendre. Nous avons ainsi constitué progressivement notre troupeau allaitant en utilisant uniquement des taureaux limousins pour produire notre renouvellement ', précise Alain. Durant cinq ans, ils ont touché une prime de cessation d'activité laitière de 6 000 €/an (40 000 F). Pour compléter leur revenu, ils se sont lancés dans la production saisonnière de porcs lourds. ' La période de transition a été longue, mais nous n'avions pas les moyens financiers d'aller plus vite. La dernière laitière est partie en 1990, et en 1992, lorsque les droits à prime ont été créés, nous n'avions que 30 allaitantes pour constituer notre référence. ' Actuellement, après l'installation de Danielle et la création d'une EARL, ils disposent de 45 droits à prime pour 50 vaches. La surface cultivée est passée de 90 à 120 ha grâce à de nouveaux fermages, ce qui leur a permis d'avoir une marge de manoeuvre, indispensable pour sécuriser leur approvisionnement en fourrages. Toute l'alimentation est produite sur l'exploitation. ' Nous calons les vêlages sur janvier, février et mars. Pour soutenir le démarrage de la lactation, nous distribuons aux vaches du sorgho fourrager ensilé. En mai, nous les mettons à l'herbe avec leurs veaux. En août, lorsque les ressources commencent à diminuer, nous commercialisons les mâles en broutards, à 220 ou 230 kg vif ', explique Alain. L'orge et le maïs servent à la complémentation des génisses et à l'engraissement des porcs et des vaches. ' Nous gardons toutes les velles pour renouveler rapidement notre troupeau. Nous pouvons ainsi approvisionner régulièrement notre boucher en jeunes vaches de réforme. Nous avons en permanence un petit lot de 5 à 6 bêtes en finition. Dès que nous en vendons une, nous en rentrons une autre. ' Durant 2 à 3 mois, ces vaches reçoivent une ration quotidienne de 8 kg de maïs complétée par du foin de luzerne à volonté. Elles doivent avoir vêlé au moins une fois, et avoir bénéficié d'un engraissement assez long pour obtenir une viande bien persillée. ' Nous avons subi la crise de la vache folle sur les broutards, mais pas sur les vaches. C'est un débouché stable et valorisant ', affirme Danielle. Un de leurs deux fils prévoit de s'installer dans trois ans. Il faudra alors chercher des solutions pour accroître le revenu disponible et faire vivre à nouveau deux familles sur l'exploitation. ' Nous avons des ressources fourragères disponibles, puisque nous vendons pratiquement tous les ans des céréales et du foin. Nous pourrions agrandir le troupeau, repousser les broutards pour mieux les valoriser, engraisser plus de porcs, les transformer à la ferme, ou encore nous lancer dans les volailles fermières. Il y a de l'avenir pour la production de viande de qualité, je suis confiant ', affirme Alain. Le choix se fera bien sûr avec leur fils. Mais quelle que soit l'option retenue, ils devront repenser l'organisation des bâtiments et effectuer la mise aux normes. ' Nous devrons investir de toute façon. L'essentiel, c'est que nous ne devenions pas dépendants d'un système, et que nous puissions rester maîtres de notre situation et de notre travail ', ajoute Danielle.
FREDERIQUE EHRHARD
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