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La France Agricole numéro 2919

Tirer son énergie de la paille

Publié le vendredi 18 janvier 2002

Depuis plus de vingt ans, Etienne Gilbert chauffe ses serres avec la paille provenant de ses champs.

Derrière le cas très particulier d'Etienne Gilbert, céréalier et horticulteur à Saint-Léger-des-Aubées (Eure-et-Loir), il faut voir les promesses d'une ressource énergétique négligée par le monde agricole et pourtant d'une étonnante modernité. Voilà une vingtaine d'années qu'il chauffe ses 2 500 m² de serres avec de la paille provenant de ses champs de blé. Une décision prise suite au second choc pétrolier.
Lorsque sa première chaudière, un modèle danois, a rendu l'âme, après 18 ans de fonctionnement et quelques incidents techniques, il a souhaité se tourner à nouveau vers cette énergie. ' Sans elle, j'aurais dû modifier mon système de production, c'est-à-dire passer à des plantes de serre froide, moins rémunératrices, et licencier du personnel. ' En horticulture, le prix de l'énergie, c'est le ' nerf de la guerre '. Etienne Gilbert a choisi de cultiver des cyclamens, bégonias, hortensias, etc. qui exigent une température constante de 20 °C. En 1999, la chaudière danoise a donc été remplacée par un modèle de fabrication française (*), beaucoup plus avancé sur le plan technologique, sans être trop sophistiqué. Contrairement à la précédente, elle fonctionne en continu avec des balles rondes entières, sans démêlage préalable, ce qui limite les risques d'incendie et évite la poussière. Son alimentation se fait grâce à un tapis sur lequel sont rangées côte à côte onze balles pour la journée. ' Avec le froid intense ces dernières semaines, je suis monté jusqu'à 18 balles, mais c'est exceptionnel ', explique Etienne Gilbert.
Ensuite, tout s'opère automatiquement. Pour le réapprovisionnement, le tapis fait glisser une balle dans un ' basculeur ', gros godet cylindrique qui présente la balle en ligne devant le foyer. Une porte à guillotine se lève alors et un ' pousseur ' fait pénétrer la balle dans la chaudière. Ce dernier se retire et la porte du foyer se referme. A la sortie, les cendres sont extraites après humidification par un simili-évacuateur à fumier. Des cendres riches en potasse et sans mâchefer (blocs de silice) qui peuvent être épandues dans les champs.

Sur ses 210 ha de blé, 150 ha sont pressés tous les ans, sans mettre l'équilibre des sols en péril (la paille n'est pas ramassée avant betteraves). A 3,5 t/ha, cela lui permet de récolter grosso modo 525 t. Il complète ses besoins en achetant de la paille en andains chez des voisins à 7,62 €/t (50 F) dans un rayon limité à 2 km. Pour une année froide, 650 t de paille sont nécessaires au chauffage des serres. Etienne Gilbert dispose d'un hangar de stockage de 2 000 balles rondes. Le reste est stocké à l'extérieur et utilisé en priorité.
Avec 2 700 h de fonctionnement, la chaudière ne tourne qu'au tiers de son potentiel. Alors pourquoi ne pas produire en plus de l'électricité de la mi-mars à la mi-octobre ? s'interroge Etienne Gilbert. Les décrets obligeant EDF à racheter le courant devraient bientôt sortir.

(*) Construite par IDEM à Guignes (Seine-et-Marne). Tél. : 01 64 06 32 22.



Philippe Pavard


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