Publié le vendredi 18 janvier 2002
L'exploitation laitière de Bernard Guillemin est en mutation. La création d'un Gaec permet d'accueillir un jeune agriculteur, hors cadre familial. L'élevage produit désormais un lait destiné à la fabrication d'époisses.
Sur le plateau de Langres à Quemin-gnerot, Bernard Guillemin s'est installé producteur de lait en 1983 avec 35 vaches et sur 114 ha de polyculture. A l'époque, les quotas se mettent en place. Bernard intensifie l'élevage en introduisant le maïs ensilage. Il met en culture l'essentiel des terres et le troupeau passe progressivement au zéro pâturage. L'exploitation s'étoffe ensuite, notamment par la reprise de 40 ha liée au départ en retraite du beau-père de Bernard. Le quota est conforté pour atteindre 235 000 litres au cours des années quatre-vingt-dix. ' Je n'avais pas envie d'en rester là , je souhaitais évoluer ', explique Bernard.Appuyé par un CTE ' maintien de la qualité du lait ', Bernard décide alors d'orienter sa production vers un lait destiné la fabrication d'époisses en AOC. ' La production de lait d'époisses autorise une valorisation supplémentaire de 0,76 €/hl (0,05 F/l) ', confie Bernard. La moitié de la production laitière devrait ainsi être destinée à la fabrication de l'époisses. Pour respecter le cahier des charges de l'AOC, l'exploitation va introduire dès ce printemps davantage d'herbe dans la ration à base de maïs ensilage et de luzerne déshydratée. La surface de luzerne va donc augmenter en conséquence afin de produire davantage de foin et distribuer aux laitières plus de fourrages verts. ' Nous avons fait progresser la proportion de luzerne de un kilo à trois kilos par jour et par vache au détriment du maïs ensilage ', explique Bernard qui souhaite sécuriser la production tout en maintenant la productivité et les taux. Pour Bernard, l'évolution de l'exploitation passe par une association. Bernard a trouvé en Gérald l'associé qu'il cherchait. En attendant que son installation se concrétise et que son association avec Bernard intervienne, dès cette année, dans le cadre d'un Gaec, Gérald est devenu salarié de l'exploitation. Gérald Etienne a trouvé une activité complémentaire qui permettra de faire évoluer le revenu de l'entreprise. Il s'est engagé à faire du travail à façon chez un éleveur voisin qui lui confie la conduite de 60 ha de cultures jusqu'à la moisson. ' Si nous n'avions pas obtenu ce complément d'activité, nous aurions créé un élevage de porcs de plein air. Nous avions l'autorisation. Cette activité de prestation de services nous évite d'avoir à investir pour le moment ', précise Gérald. L'installation de Gérald va s'accompagner d'une attribution de 30 000 litres de quota supplémentaire pour cette année. Avec l'augmentation de la production laitière et l'activité de prestation de services, le chiffre d'affaires va passer de 198 000 € (1,3 MF) à 228 000 € (1,5 MF). Et l'étude prévisionnelle envisage une progression, dès cette année, de l'excédent brut d'exploitation qui devrait passer de 60 980 € (400 000 F) à 88 420 € (580 000 F). Cette association va modifier l'organisation de l'exploitation. Le taux de jachère, actuellement de 16 %, va être revu à la baisse. Les conditions de travail vont également changer, chacun aura la possibilité de prendre un week-end de repos à tour de rôle. Comme Gérald, Bernard s'était installé hors cadre familial. Il connaît donc les difficultés liées à cette situation. ' Lorsque j'ai repris la ferme, j'ai dû m'endetter lourdement et je n'avais que des cautions à présenter comme garantie. Avec le temps, on s'habitue à vivre avec une trésorerie tendue ', précise Bernard. pour intégrer le Gaec, Gérald a contracté un prêt de 60 980 € (400 000 F) qu'il remboursera sur sa part de résultat courant. ' La conjonture laitière est bonne actuellement mais nous ne savons pas si cela va durer. L'AOC époisses et l'arrivée de Gérald constituent une période de renouveau pour l'exploitation. C'est positif, à condition de bien s'entendre ce qui est déjà notre cas. Nous nous connaissons depuis six ans. Cela ne nous fait pas peur. Ce qu'il faut, c'est gagner ce pari économique ', conclut Bernard.
Charles-henri Pouzet
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