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La France Agricole numéro 2872

Installations : il est temps de redresser la barre

Publié le vendredi 02 février 2001

Entre vache folle et future réforme de la Pac, le contexte n'est pas favorable à l'installation qui baisse pour la troisième année consécutive.

En 1999, le compteur des installations aidées s'est arrêté à 6 919. Après l'élan donné par la Charte pour l'installation en 1995, le nombre d'installations enregistrait alors une baisse pour la seconde année consécutive. Pour l'an 2000, le chiffre n'est pas encore disponible. Le ministère de l'Agriculture laisse néanmoins entendre que ' ça a sûrement dû encore baisser '. Organisations professionnelles et administration ne démentent pas les estimations avancées à l'automne sur la base des sept premiers mois de l'année : le chiffre définitif pourrait avoisiner 6 300 installations, soit une baisse d'un peu moins de 10 % par rapport à 1999. La chute se poursuit donc.
Dans les départements, les chiffres confirment d'ailleurs la tendance. Exemple : dans le Finistère, classé numéro deux en 1999 au palmarès du nombre de jeunes installés, le chiffre des installations aidées est passé de 181 en 1999 à 145 en 2000. Même constat dans le département du Nord où 80 installations ont été réalisées l'an dernier contre 90 l'année précédente. ' Malgré un nombre conséquent de candidats inscrits au répertoire à l'installation, le nombre d'installations diminue ', déclare l'Adasea du Nord. ' On peut néanmoins remarquer que l'arrivée de jeunes en production laitière ralentit cette baisse. '
Dans le Vaucluse, si les installations en viticulture se portent bien, elles ne réussissent qu'à stabiliser la diminution en fruits et légumes, explique le CDJA. ' En fruits, les terres partent à l'agrandissement où à l'arrachage ', ajoute-t-on. Résultat : le Vaucluse a installé une soixantaine d'exploitants en 2000, un chiffre équivalent à celui de 1999. La viticulture représente les deux tiers de ce résultat. Sur le terrain, la situation est plus nuancée. Ainsi, Benoît Lopitaux s'est installé en septembre dernier sur une exploitation d'une dizaine d'hectares dans le sud du département. Hors cadre familial, il a repris l'exploitation de ses beaux-parents et produit du raisin de table et du vin AOC. ' Bien sûr, nous sommes confrontés à une concurrence dure de la part de l'Italie sur le raisin de table. Mais en ce qui concerne le vin, rien n'est gagné. Il va falloir se battre sur la qualité ', explique-t-il, avant de conclure qu'' il faut être optimiste ou ne pas se lancer dans ce métier '. Même force de conviction chez Jean-François Drelon qui travaille sur un projet d'installation en société pour la fin de l'année en viande bovine dans le Cantal. Il envisage de développer un atelier d'engraissement pour faire des animaux de boucherie de qualité. La crise de la vache folle ne l'a pas découragé même si elle l'a plus que jamais convaincu de modérer ses investissements. Lui aussi pense qu'' il faut garder espoir et miser sur la qualité. ' En Saône-et-Loire, importante zone de production de viande, le nombre d'installations aidées est descendu de 148 en 1999 à 115 en 2000. ' Pour l'instant, même si l'ambiance morose est évidente, il est trop tôt pour mesurer l'impact de la vache folle ', souligne-t-on à l'Adasea du département.

Il n'empêche : l'installation souffre surtout d'un contexte défavorable. En quelques années, plusieurs crises graves sont venues fragiliser les secteurs des volailles, du porc, des fruits et légumes et aujourd'hui de la viande bovine. Avec à la clef d'importantes restructurations et des concentrations qui rendent difficiles la reprise des exploitations et accroissent la pression sur le foncier. Dans un même temps, le nombre de départs en retraite a diminué alors que l'ancien système de préretraite a déjà anticipé certains départs. L'équation est donc simple : moins de départs, des exploitations plus importantes et plus difficiles à reprendre.
Au-delà de ces facteurs, c'est l'avenir de l'agriculture qui est remis en question avec les évolutions futures de la Pac et les négociations programmées à l'OMC. La pérennité des aides à l'agriculture ou du moins leur montant, risque à terme d'être remise en cause. Dans le même registre, des instruments comme la modulation des aides aux grandes cultures réduisent le résultat de manière parfois drastique. On ne pourra jamais demander à un jeune d'investir près d'un million de francs sans lui assurer un minimum de visibilité.
Si l'agriculture est en crise, la bonne santé de l'économie en général joue en revanche contre l'installation. Les jeunes préfèrent en effet souvent travailler dans un autre secteur. Sans oublier les 35 heures qui placent l'agriculture à contre-courant d'un monde salarié où le temps libre est de plus en plus important. Sans parler non plus des attaques le plus souvent gratuites dont les agriculteurs font les frais. Personne n'a envie d'être considéré comme un pollueur ou un empoisonneur.

Au-delà de la visibilité à donner aux jeunes et aux agriculteurs, il y aurait aussi sans doute des mesures plus conjoncturelles à prendre, notamment pour aider à la transmission des exploitations ou à l'installation hors cadre familial. ' Du fait de retraites trop faibles, les cédants se laissent tenter par l'agrandissement ', explique Marianne Dutoit, vice-présidente du CNJA en charge du dossier installation. Le CNJA demande ainsi une nouvelle baisse des taux bonifiés, une exonération totale des plus-values pour les cédants ainsi que des aides en terme de retraite et des droits de mutation réduits pour l'achat de foncier par des jeunes ainsi que des efforts concernant les abattements sur les bénéfices des jeunes agriculteurs. Mais il faudra être patient, les mesures en faveur de l'installation annoncées en grande pompe dans le Doubs l'an dernier n'ont pas toutes été mises en oeuvre. Si l'on veut que la relève en agriculture soit assurée, il faut que les pouvoirs publics passent rapidement aux actes. Dans le contexte actuel, si l'on veut installer des jeunes, on ne peut se limiter à des incantations. Sinon, on peut dès à présent prévoir le résultat : la production agricole française pourrait à terme n'être assurée que par 200 000 exploitations.



Aude Fernandez


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