Publié le vendredi 09 novembre 2001
Ces dernières années, les molécules de la famille des strobilurines ont su s'imposer dans les programmes fongicides céréales. Qu'en est-il sur pois, betteraves et colza ?
Homologuées depuis peu sur pois, betterave et colza, les strobilurines offrent désormais une alternative de plus dans la lutte fongicide. Même si le nombre de références est encore peu nombreux, il s'avère que l'investissement dans ces molécules, plus chères, est rarement rentable. De plus, leur efficacité n'apporte pas toujours un plus par rapport aux références du marché. ' Sur pois, la maladie la plus préjudiciable reste l'antrachnose, rappelle Philippe Crosson, de l'ITCF-Unip. Même si l'azoxystrobine (Az) est efficace, elle ne concurrence pas un chlorothalonil ou un Walabi, sachant que ces deux spécialités ont un coût à l'hectare, moindre. Sur botrytis, je dois avouer que nous manquons de références. Quant à l'utilisation d'Amistar Ter sur rouille, les résultats sont intéressants, sans pour autant faire mieux qu'un Horizon ou un Caramba. Je pense qu'une telle molécule peut être utilisée sur les exploitations où céréales et pois se côtoient. Dans ce cas, sa polyvalence peut être un atout. Mais le chlorothalonil doit rester la base du programme fongicide '. Bertrand Huguet, de la Protection des végétaux, reconnaît lui aussi que ' le pois peut se passer de strobilurine, même si son utilisation peut être rentable dans le cas de forte pression maladie ou quand le potentiel est important. Dans ce cas, il convient de réserver l'Az au second traitement : à 0,5 l/ha, elle peut être associée à 500 g de chlorothalonil. La pleine dose n'étant jamais rentable. Côté rendement, cette molécule semble apporter un plus, mais pour l'heure, on ne sait pas l'expliquer. '' Après avoir testé Ogam pendant trois ans, nous conseillons de l'utiliser à 0,5 l/ha : la pleine dose n'étant pas économiquement rentable et n'apportant pas de plus en terme d'efficacité, indique Lionel Launois, de Champagne céréales. Sur ce point, elle rivalise avec les meilleures références du marché sur oïdium et rouille. En revanche, sur cercosporiose, des produits comme Spyrale, Alto ou Timbale s'avèrent supérieurs. C'est pourquoi nous préconisons plutôt Ogam en T1, tout en préférant pour le T2 opter pour une spécialité plus performante sur cercosporiose. ' Les conseils de BASF vont d'ailleurs dans ce sens. ' L'utilisation en T1 permet ensuite d'appliquer le T2 quatre semaines après, en toute sécurité, précise Jérôme Tournier. ' La firme souligne aussi l'' effet vert ' d'Ogam qui permettrait un gain de rendement. Sur ce point, les techniciens interrogés restent plus prudents. En revanche, tous sont d'accord sur le fait qu'Ogam ne doit pas être utilisé plus d'une fois au cours d'une même campagne : ceci afin de limiter l'apparition de résistance, comme ce fut le cas sur oïdium du blé. L'azoxystrobine est la première des strobilurines à être autorisée sur colza, mais uniquement pour lutter contre l'alternaria. Or, comme le souligne Annette Pénaud, du Cétiom, ' les fortes attaques de cette maladie sont peu fréquentes. De ce fait, rares sont les applications qui ne visent que l'aternaria. Mais, dans tous les cas, le prix de cette molécule reste rédhibitoire dans un contexte économique difficile pour le colza '. Pour Bertrand Huguet, ' cette molécule apporterait un petit plus en terme de rendement : + 2 q/ha quand un passage de BMC est suivi de l'azoxystrobine par rapport à un programme ' BMC + Eria '. Mais là encore, il convient de valider l'intérêt économique '.
Anne Gilet
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