Publié le vendredi 02 novembre 2001
La suppression de la taxe de 10 euros/t sur les céréales importées d'Europe de l'Est donne un atout supplémentaire à ces pays qui disposent, cette année, d'une grande quantité de blé à écouler.
La Commission européenne a entériné le 26 octobre sa décision de supprimer la taxe additionnelle de 10 euros/t qui frappait, jusqu'à présent, toutes les céréales importées de ces pays. Cette décision prendra effet comme prévu à partir du 9 novembre. Les céréaliers français s'interrogent, aujourd'hui, sur les conséquences possibles de cette décision. D'autant que l'Union européenne n'a engrangé cette année que 92 millions de tonnes (Mt) de blé, soit 12 Mt de moins par rapport à l'année passée. De leur côté, les pays d'Europe centrale et orientale (Peco) et les anciennes républiques soviétiques, notamment la Russie et l'Ukraine, ont vu leur récolte fortement augmenter.A l'image de la Hongrie, plusieurs Peco exportaient déjà régulièrement du blé, notamment vers l'Italie. Après une récolte 2000, pénalisée par la sécheresse, ces différents pays (Bulgarie, Roumanie, République Tchèque...) reviennent en force sur le marché grâce à une moisson 2001 meilleure qu'à l'accoutumée. La Russie qui était, quant à elle, importatrice de céréales ces dernières années a vu sa production de grains augmenter considérablement sur les trois dernières campagnes : 47 Mt en 1999, 65,4 Mt en 2000 et plus de 82 Mt cet été. Sur cette quantité, il y aurait 43 Mt de blé dont 60 % de qualité meunière. La consommation n'ayant pas suivi la même ascension que la production, le pays est donc en mesure d'exporter du blé. Même chose en Ukraine où la collecte de blé a doublé par rapport à l'an passé passant de 10,2 à plus de 20 Mt. Au total, selon le CIC (Conseil international des céréales), près de 8 Mt de blé seraient disponibles à l'exportation, pour cette campagne, au départ de l'ensemble des Peco, de l'Ukraine et de la Russie. S'ajoute à cela 4 Mt exportables à partir du Kazakhstan, autre ancienne république soviétique. Aux dires d'experts, ce blé kazakh influence peu le marché. Ce pays est en effet régulièrement exportateur, et les républiques voisines, qui se fournissent principalement au Kazakhstan, achètent souvent en fonction des quantités disponibles. Mais en raison des faibles besoins russes, le pays devra tout de même trouver de nouveaux débouchés, sans doute vers l'Iran, un des premiers importateurs de blé au monde. ' Qu'ils soient meuniers ou fourragers, ces blés semblent posséder de très bonnes caractéristiques technologiques, constate un opérateur. Les tests pratiqués sur des lots arrivés en Italie ou en Espagne révèlent des PS qui avoisinent souvent les 78 kg/hl et des taux de protéines moyens de 11,5 à 12 %. Ces critères séduisent forcément les acheteurs. Toutefois, une bonne teneur en protéines ne signifie pas pour autant que le grain soit performant en panification. Il peut s'agir d'anciennes variétés, présentant de faibles valeurs boulangères et qui ne correspondent donc pas aux attentes des meuniers. ' Certains industriels ont semble-t-il subi des déconvenues. Une autre faiblesse de ces livraisons est le manque d'homogénéité, critère pourtant important pour un acheteur. Mais dans tous les cas, un prix bas peut faire la différence. Selon les prévisions actuelles, l'Union européenne pourrait importer 4,7 Mt de blé en provenance des pays tiers sur l'ensemble de cette campagne, contre 3,5 Mt sur 2000-2001. L'essentiel du trafic au départ des Peco, d'Ukraine ou de Russie se fait par voie maritime depuis la mer Noire vers les pays du Mahgreb, l'Espagne et l'Italie. Du blé des Peco transite jusque dans le nord de l'Italie par chemin de fer. ' Les meuniers italiens achètent ces blés bon marché, qu'ils corrigent en y ajoutant des blés de qualité provenant du sud de l'Allemagne, précise Robert Bilbot de Dijon Céréales. Ils obtiennent ainsi un mélange correct pour leur panification et délaissent, du coup, l'origine française. ' Il existe aussi un flux vers la Belgique et la Hollande, via le Danube et les canaux allemands, à destination principalement de l'alimentation animale. Yves Montécot, président du Snia (Syndicat national de l'industrie de l'alimentation animale) qui s'est réjouit de la suppression de la taxe de 10 euros/t, estime que l'Europe pourrait acheter 6 à 8 Mt de ces blés ' origine mer Noire '. Pour le moment, les fabricants d'aliments français n'en auraient pas achetés. La rumeur évoquant ces dernières semaines un bateau provenant d'Ukraine et à destination d'un port breton ne s'est pas vérifiée. Toutefois, les fabricants d'aliments français interrogés par nos soins n'excluent pas cette origine dans la mesure où le rapport qualité/prix est intéressant et qu'ils peuvent obtenir les garanties souhaitées sur le plan sanitaire. ' Que ces céréales d'origine mer Noire soient destinées à des acheteurs de l'Union européenne ou bien des pays du pourtour méditerranéen, c'est un peu la même chose, souligne un courtier. Il faut s'intéresser au bilan final. Un des éléments moteurs du marché est le niveau des stocks attendu en fin de campagne. En raison de la concurrence actuelle, celui de l'Union européenne ne va pas se réduire aussi rapidement que ce que les analystes prévoyaient, il y a quelques mois. ' Les opérateurs français espèrent que cette concurrence s'estompe d'ici le mois de janvier, faute de marchandise et pour des raisons logistiques. Ils pourront ainsi reprendre un rythme satisfaisant à l'exportation. Une note positive est tout de même venue, ces derniers jours, du marché mondial avec l'augmentation générale des cours, conjuguée à celle du dollar. Cela a permis aux exportateurs européens d'obtenir des certificats pour 275 000 t de blé en deux semaines, sans restitution. Une bonne nouvelle, en effet, après plusieurs semaines où la délivrance de certificats était au point mort. En parallèle, la suppression de la taxe de 10 euros/t pour les céréales importées dans l'Union européenne s'est traduite par une augmentation du prix au départ de la mer Noire. La Commission européenne qui souhaitait faire baisser les prix n'est donc pas parvenue à ses fins, ironise un responsable de coopérative. Mais elle a peut-être d'autres armes en préparation. Il est tout de même regrettable que cette institution gère avant tout l'approvisionnement du marché intérieur. L'autre aspect négatif est sans doute le manque de solidarité des acheteurs qui délaissent les producteurs et ne tiennent pas compte des efforts qu'ils réalisent en matière de qualité et de traçabilité dans le but de sécuriser leurs débouchés.
Denis Lehé
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