Publié le vendredi 02 février 2001
Philippe Fournié, céréalier et producteur de fruits s'interroge sur la pérennité d'un verger dont la viabilité est délicate à assurer.
Quand je me suis installé, le secteur des fruits offrait encore de belles perspectives. J'avais préparé mon EPI sur la base d'une reconversion partielle de l'exploitation céréalière en verger. Aujourd'hui, je me demande si je vais continuer à produire des fruits ', s'interroge Philippe Fournié, jeune arboriculteur à Saint-Aignan, dans le Tarn-et-Garonne à 25 km de Montauban. Philippe a repris l'exploitation provenant de son grand-père, que son père s'était contenté de ' faire valoir ' parallèlement à son métier de technicien du Gnis. Une façon de gérer le patrimoine et de préserver l'outil pour permettre à Philippe de s'installer. L'exploitation de trente-trois hectares, était exclusivement à vocation céréalière (blé et maïs). Sur une telle surface, il ne pouvait envisager un système viable qu'en y adjoignant des cultures spécialisées.Philippe entreprend donc de planter des arbres fruitiers. Ainsi, il plante trois hectares de nectarines en 1988, un hectare de cerises en 1990 et quatre hectares de pommes en 1992. Pour un investissement de l'ordre de 120 000 F/ha, financé par la DJA et des emprunts jeune agriculteur. L'objectif à moyen terme était de planter une quinzaine d'hectares. Mais l'étude prévisionnelle d'installation tablait sur des prix que Philippe ne connaîtra jamais. Les années fastes étaient déjà derrière lui. Les débuts sont difficiles, entre la mévente des fruits et le gel historique d'avril 1991 qui dévaste une partie du verger. Philippe Fournié fait l'apprentissage de ces productions délicates. Il doit renoncer, au bout de quelques années, pour des raisons de rentabilité, à la nectarine qui n'aura pas confirmé ses espoirs. Il s'essaiera avec plus ou moins de bonheur à d'autres spéculations. Les semences de betteraves donnaient de bons résultats, mais exigeaient trop de travail. Les tomates n'auront connu que l'année 1991, précisément celle du gel. Le melon aura tenu cinq ans avant d'être abandonné à son tour, faute de rentabilité suffisante. ' J'ai fait jusqu'à deux hectares de melon. Pour une très bonne année, j'avais deux années moyennes avec des prix qui couvraient juste les coûts de production et qui ne payaient même pas le travail du chef d'exploitation ', explique Philippe. En fait, c'est dans la production de pommes que Philippe se spécialisera. Chaque variété a ses particularités (conditions de production, de commercialisation...). ' Le choix des variétés est déterminant. Il faut savoir prendre les bonnes au bon moment. Le problème, quand une variété gagne de l'argent, une autre en perd ', confie Philippe. Pour répartir les risques, il a choisi quatre variétés et planté un hectare de chaque : Fuji, Granny, Gala et Golden. ' Avec le recul, si j'avais seulement produit de la Gala et de la Granny, je m'en serais mieux sorti. J'ai été déçu par la Fuji et la golden était une erreur. Mais on ne peut pas se limiter à une seule ou deux variétés, c'est trop risqué. J'ai préféré jouer la sécurité. ' Depuis, il a planté en 1997 un hectare et demi de Braeburn. Pour conduire son verger, Philippe doit avoir recours à de la main-d'oeuvre saisonnière. Il embauche des salariés pour la taille et pour l'éclaircissage. ' Je préfère prendre des salariés pour certaines tâches, autant pour raccourcir la période des travaux que pour éviter d'être seul sur le chantier ', déclare-t-il. Les opérations de récolte, qui s'échelonnent sur trois mois, mobilisent cinq à six personnes (il faut compter une personne à l'hectare en moyenne). ' C'est un poste délicat à gérer. Cette année, trente-cinq salariés se sont succédés sur l'exploitation. J'ai de plus en plus de mal à trouver de la main-d'oeuvre locale. C'est vrai que nous n'avons pas su garder des gens motivés pour les former. Aujourd'hui, nous n'avons plus les moyens de bien les payer ', admet Philippe. Le marché de la pomme ne valorise plus cette production. Les cas où les prix ne couvrent pas les frais de production sont de plus en plus fréquents. ' Le système de fixation des prix fonctionne à l'envers ; chacun calcule sa marge - expéditeur, distributeur - et on verse ce qui reste au producteur. Tout concourt à tirer les prix vers le bas. Il faudrait pouvoir fixer un prix minimum qui tienne compte de nos coûts de production. ' Aujourd'hui, Philippe se trouve à la croisée des chemins, à cheval entre deux systèmes de production. L'arboriculture aux résultats aléatoires, et les grandes cultures qui stabilisent l'exploitation. Il se demande s'il ne va pas profiter des primes d'arrachage pour réduire, voire supprimer, son verger. Mais sur une petite structure, les céréales ne lui permettraient pas de vivre. Ou il lui faudra trouver de quoi s'agrandir, ce qui est très difficile dans la région, ou bien il devra chercher, hors de l'agriculture, de quoi compléter son revenu.
Jean-Alix Jodier
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