Publié le vendredi 14 décembre 2001
Selon des essais ITCF, il se confirme que certaines variétés de blé ont une aptitude plus grande que d'autres à valoriser un troisième apport tardif.
Les expérimentations réalisées depuis deux ans sur une approche variétale du fractionnement ouvrent de nouvelles perspectives. A dose totale d'azote équivalente, des variétés tardives comme Charger et Shango réagissent positivement à un troisième apport de 80 unités positionné au stade dernière feuille, tant sur le plan du rendement que du taux de protéines. A l'inverse, une telle stratégie aurait des effets négatifs en rendement sur Récital, Trémie, Taldor... Les études doivent encore se poursuivre avant de passer à une véritable préconisation terrain. Toutes les variétés n'ont pas la même propension à profiter de l'azote apporté tardivement. C'est vrai non seulement pour les protéines mais également pour le rendement, selon des essais conduits depuis deux ans par l'ITCF. Il ressort que les variétés tardives testées (Charger, Shango...) valorisent bien une stratégie en trois apports conjuguée à une forte dose (80 unités) à la dernière feuille. L'écart est en moyenne de + 4,3 q/ha et de + 0,3 point de protéines vis-à -vis d'une fertilisation précoce en deux apports (100 % de la dose déjà apportée au stade épi 1 cm), la dose totale étant identique pour chacune des modalités. La réponse est également positive avec des variétés précoces produisant rapidement beaucoup de biomasse comme Cézanne, Isengrain, Cabestan, Sponsor... En revanche, l'ITCF a observé des pertes de rendement (mais pas de protéines) avec ce genre de pratique dans le cas de variétés précoces réalisant peu de végétation en début de cycle (Récital, Trémie, Taldor...). Les caractéristiques physiologiques semblent donc expliquer en partie cette diversité de réponses.Différents critères comme l'aptitude à produire de la biomasse précocement (entre le stade épi 1 cm et le stade deux noeuds), la capacité de tallage et de montée à épi, la profondeur d'enracinement au stade épi 1 cm, la vitesse de croissance de l'épi dans la gaine et la durée de montaison pourraient servir à trier les variétés. L'ITCF travaille à établir une classification par groupes variétaux. Selon Philippe Gate, qui pilote cette étude, il ne faut pas trop différer l'azote sur des variétés qui tallent très peu comme Trémie, Scipion, etc. A l'inverse, d'autres comme Isengrain, Cézanne, Apache ont déjà une forte propension à faire des talles inutiles. D'où l'intérêt de ne pas apporter l'azote trop tôt pour ne pas stimuler encore plus ce critère. ' Plus on aura une variété qui réalise son rendement avec des composantes de fin de cycle (variétés à PMG élevé, fertilité épis importante), plus l'incidence du fractionnement tardif sera positive ', estime-t-il. ' Or, reprend Michel Bonnefoy (ITCF), c'est justement vers ce type de variétés que la sélection s'est orientée depuis quelques années. 'La mise en oeuvre d'une telle stratégie peut présenter des risques aux conséquences irréversibles si la plante est incapable de puiser l'azote (cas observé dans le Calvados avec des tardives en sols hydromorphes gorgés d'eau) ou si la carence en azote est précoce et sévère. La période d'absorption de l'azote étant plus courte avec les précoces, il y a moins de possibilités de rattraper un apport mal placé. De plus, la montaison se faisant rapidement, les besoins instantanés peuvent être élevés au stade épi 1 cm certaines années.
Philippe Pavard
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