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La France Agricole numéro 2906

La sécurité se renforce autour des engrais azotés

Publié le vendredi 12 octobre 2001

Les mesures préfectorales qui s'enchaînent depuis l'explosion de l'usine AZF de Toulouse laissent craindre un renforcement de la réglementation future du transport et du stockage des engrais, sans écarter une incidence possible sur les prix.

Aujourd'hui, nous ne sommes sûrs de rien, confie Jean-Marc Fohanno, de la Toulousaine de céréales (31). Tout le monde s'interroge. Certes l'approvisionnement en engrais risque de se complexifier un peu mais une pénurie n'est pas à craindre. '
Mêmes échos chez Union Est Agro où Gérard Maire, responsable de l'achat de près de 500 000 tonnes d'engrais pour les différentes coopératives de Lorraine, explique. ' Il faut distinguer l'effet direct de la catastrophe de Toulouse du reste. La capacité de production de ce site devrait facilement être compensée par celle des autres usines : il ne devrait donc pas y avoir de tension en terme de disponibilité en engrais. En revanche, face au renforcement de la réglementation et des contrôles, ces derniers jours, il est logique de se demander si les conditions de réception, de stockage et de livraison vont évoluer. ' En effet, depuis l'explosion du 21 septembre, plusieurs préfets se sont semble-t-il replongés dans le dossier des usines et sites potentiellement dangereux de leur département. S'en sont suivis des arrêtés pour contrôler, interdire ou délocaliser certains stockages. ' Avec ces différentes initiatives, je pense que l'on va revenir à un respect plus strict de la réglementation dans les usines, les ports et les coopératives, souligne Mario Scardigli, président de l'Unifa (1). Celle-ci existe depuis plusieurs années, mais un certain laxisme avait pu apparaître ici ou là. ' Les récents rappels à l'ordre, aussi bien dans les usines que dans les ports, sont motivés par la volonté de maîtriser, ou du moins d'écarter, un risque potentiel. Mais jusqu'où ira cette volonté ? Comme après l'explosion du silo de céréales à Blaye (33) en 1997, c'est peut-être toute la filière, de l'industriel à l'agriculteur, qui devra renforcer la sécurité dans la manipulation et le stockage de ces produits. Quelle incidence cela pourrait-il avoir sur les prix ? Même si personne n'ose répondre, beaucoup laissent entendre qu'il pourrait y en avoir une.

En attendant, l'application plus drastique de la loi dans les ports perturbe quelque peu les échanges. Jusque-là, une certaine souplesse et des dérogations pouvaient être accordées par les préfets pour allonger le temps de déchargement d'un navire, dépasser pour une durée déterminée les capacités de stockage des hangars. .. Tout ceci a été levé. De même, les ports avaient jusqu'en juillet 2002 pour s'équiper de pompes à haut débit pour pallier un éventuel incendie dans un bateau : dans les Côtes-d'Armor, cette obligation a pris effet le 29 septembre dernier. Les exportateurs qui désormais ne satisferont pas aux exigences françaises (fiche d'identité de la marchandise, test de détonabilité, assurance d'avoir vendu toute la cargaison...) devraient voir leurs navires refusés. Même s'il reconnaît que cela peut nous fermer certains marchés, en provenance des pays de l'Est, notamment, Mario Scardigli estime que toutes ces exigences vont dans le bon sens. ' Certaines cales de bateaux étaient mal, ou pas, nettoyées avant le chargement d'engrais. Une telle pratique devenait dès lors dangereuse. Je pense toutefois que la plupart des exportateurs vont se mettre en conformité avec la réglementation française. '
De leurs côtés, coopératives et négociants affinent leurs stocks, car les contrôles se multiplient. Chaque silo est en effet autorisé à accueillir un certain tonnage, pas plus. Or, un OS anticipe les achats pour répondre en temps voulu à la demande des agriculteurs. L'enjeu est donc désormais de réguler les commandes : réceptionner et répartir, si possible dans la foulée, les engrais. Mais aujourd'hui, les agriculteurs ne sont pas aux achats. Comme l'explique Mario Scardigli, ' Cette stratégie peut remonter jusqu'aux usines. Elles aussi sont limitées en quantité de stockage. Aussi, une fois ce seuil atteint, il se peut que les usines tournent au ralenti d'autant qu'au lieu de sept lieux de stockage pour l'ammonitrate, il n'y en a plus que six. ' Plusieurs observateurs en concluent que les achats de dernière minute pourraient s'avérer risqués. Dans les sphères parisiennes, divers bruits de couloir se font entendre : obliger la France à remplacer la production d'ammonitrate 33,5 par du 27, jugé moins dangereux. ' Un handicap économique qui ne donnerait pas plus de marge en terme de sécurité ', assure Mario Scardigli. Supprimer purement et simplement l'ammonitrate ? ' Une solution qui entraînerait de lourds problèmes de productivité et de sérieux soucis d'approvisionnement en urée ', poursuit-il. A Bruxelles, aussi, les yeux sont rivés sur les conclusions de l'enquête. Car tant que les causes de l'explosion n'ont pas été déterminées, les politiques sont conscients que cela pourrait se reproduire.

(1) Union des industries de la fertilisation.



Anne Gilet


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