Publié le vendredi 21 septembre 2001
Pendant qu'elle fuyait l'horreur, Mary ressassait sa colère : ' Vous ne pourrez pas nous arrêter, ni la ville, ni notre compagnie. Nous reviendrons ensemble et nous reconstruirons. ' Dans son témoignage publié jeudi par ' Ouest-France ', la directrice scientifique du Green Book, une filiale de ' La France agricole ', décrit avec beaucoup de lucidité et de sensibilité les quelques minutes qui ont suivi l'impact du premier avion : la descente par l'escalier de 51 étages de la tour, la solidarité, l'effroi qui a saisi toute une ville puis le monde entier. Tous les occupants du World Trade Center n'ont pas eu la chance de l'équipe du Green Book. Ainsi, une filiale du Crédit agricole est durement éprouvée. Les commandos suicides et leurs commanditaires ont endeuillé des milliers de familles. Ils ont marqué à vie les milliers de survivants. Ils ont atteint leur premier but : choquer et créer une vague mondiale d'indignation. Ils n'ont toutefois pas encore atteint leur principal objectif et il ne dépend que de nous qu'ils échouent. Ces attaques terroristes frappent notre monde occidental là où il est le plus fragile. Elles tentent de casser le ressort ténu qui fait fonctionner nos pays. Ce ressort s'appelle tout simplement la confiance, la confiance en soi, la confiance en l'avenir, la confiance dans l'environnement social, économique... Pour faire échec à ces ennemis cachés et souvent insaisissables qui frappent aveuglément, il faut, avant tout, ne pas céder. Ne pas céder à la panique. Ne pas céder à la peur. Ne pas céder à la sinistrose. Ne pas céder à la morosité. Avec sa volonté indéboulonnable de continuer et de reconstruire, Mary, dans sa révolte, nous donne une belle leçon. Dans certains secteurs de l'agriculture les ennuis s'accumulent depuis de longs mois au point de pousser certains au découragement. Toutes proportions gardées, le message vaut également face aux intempéries, aux psychoses des consommateurs, à certains choix politiques... Mais, il ne faut pas, non plus, tomber dans l'angélisme. Le drame de Manhattan devrait également aider nos dirigeants à remettre en question certaines dérives imposées par les puissances dominantes. Les perspectives offertes à chacun d'entre nous ne peuvent pas se limiter à une course à la compétitivité et à la banalisation, dictée par un commerce mondial triomphant et un modèle unique. La diversité des cultures et les minorités doivent être mieux respectées. La recherche de règles plus équitables pour mieux répartir les richesses demeure plus que jamais une nécessité. Les plus pauvres sur notre planète sont souvent des paysans. Davantage de considération et une revalorisation du travail agricole pourraient être des remèdes efficaces contre le développement de ferments délétères.
Michel Collonge
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