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La France Agricole numéro 2897

La rentrée s'annonce difficile pour les bovins

Publié le vendredi 03 août 2001

Les solutions pour sortir de la crise bovine sont peu nombreuses et se heurtent à des problèmes politiques et techniques. L'afflux de production à l'automne, bovins finis et broutards, ne va rien arranger.

On peut s'attendre à un automne difficile. ' L'allocution de Franz Fischler, à l'issue du conseil agricole du 23 juillet, semble un euphémisme au regard de la situation actuelle. Fin juillet, les cours de la vache O atteignaient à peine 13,40 F/kg de carcasse. Un an auparavant, il dépassait 18 F. En R, ce n'est guère plus brillant, avec un écart de 2,50 F. En jeunes bovins, les cours sont en baisse de 20 % à 25 % et les perspectives pour l'automne ne sont guère encourageantes. Selon les prévisions de l'Institut de l'élevage, le marché sera très encombré. Il estime qu'' au total dans l'Union européenne, 500 000 à 600 000 vaches de plus ont été stockées dans les exploitations (sur le premier semestre), s'ajoutant aux 300 000 animaux de la fin 2000. ' Et faute de pouvoir vendre des broutards en début d'année, certains éleveurs ont préféré les finir. En Nièvre par exemple, la finition des bovins a augmenté de 23 %.
D'autres éleveurs ont fait le choix de vendre des broutards plus légers dès cet été pour éviter une mévente à l'automne. ' A cette crainte, se rajoutent aussi un déficit en herbe pour certains, un chargement élevé pour d'autres, sans parler d'un manque de trésorerie quasiment général ', ajoute Jean-Marie Noailhac, responsable commercial chez Bévicor. Les Italiens achètent peu et proposent des prix très bas car la consommation en viande bovine dans ce pays reste en retrait de 20 % à 25 % et les pertes subies par les engraisseurs les incitent à la prudence. Des mâles limousins de 300 kg se vendent ainsi aujourd'hui 14 F/kg. En croisés salers-charolais, les prix se situent entre 11 F et 11,50 F pour des veaux primables.
Autant dire que la conjoncture est mauvaise et les voies pour sortir de cette impasse semblent très étroites.

Dégager le marché est une priorité. Encore faut-il pouvoir le faire. Le programme d'achat spécial et l'intervention sont limités, autant pour des raisons politiques que pour des raisons techniques. Des prix trop bas n'incitent pas les opérateurs à déposer des offres. Pour limiter ce phénomène, le comité de gestion viande bovine du 27 juillet a modifié légèrement le dispositif d'achat spécial pour les prochaines adjudications. Il a rehaussée la ' marge-transformateur ' de 14 euros/100 kg à 18 euros, soit une hausse 26 centimes du kilo. Cette marge s'ajoute au prix d'adjudication et est destinée à couvrir les frais des opérateurs. Certes la hausse semble assez réduite mais les professionnels français estiment qu'elle permettra à certains de s'intéresser à ce programme et peut-être sera-t-elle répercutée (en partie) à l'éleveur.
Toutefois, le comité de gestion a aussi décidé d'aligner le prix de retrait des taureaux U et R sur ceux des O. Les taureaux représentent en France la principale catégorie concernée par ce programme. Sur les trois premières semaines de juillet, ils ont assuré 58 % des volumes retirés. Mais ces décisions font figure de ' mesurettes '. L'espoir est de voir une intervention réellement efficace pour les broutards.
A ces choix politiques, s'ajoutent aussi des freins techniques. Les capacités de désossage (obligatoire pour l'intervention depuis le 1erjuillet), de congélation, de stockage et d'équarrissage sont limitées et constituent autant de goulots d'étranglement. Pour le mois d'août, seulement 2 400 t de jeunes bovins et 4 800 t de bovins non interventionnables seront retirés chaque semaine du marché européen.

L'autre axe est de relancer la consommation, toujours en retrait de 10 % en France. Le budget communication d'Interbev sera dopé. Mais la communication est à double tranchant, prévient Marjolaine Maurette, chargée du dossier bovin à la Confédération paysanne. ' Développer la consommation uniquement sur le boeuf se fera au détriment des autres viandes comme le mouton. On reporte le problème sur une autre production. ' Quoi qu'il en soit, l'interprofession bovine souhaite, pour le moment, redonner confiance au consommateur dans la viande bovine française, via notamment le ' VBF + '. Interbev entend aussi multiplier les démarches avec les interlocuteurs de la restauration hors foyer pour les inciter à privilégier un approvisionnement français ' sûr '.
Les créneaux de qualité, qui réussissent à tirer leur épingle du jeu dans cette conjoncture très difficile, constituent également une piste, même s'ils sont limités en volume. Pour les broutards, une opération axée sur l'export et initiée par Interbev, est en cours d'élaboration. Elle devrait être finalisée pour le début octobre.
L'interprofession envisage de proposer un cahier des charges (sous forme de contrat hors certification) pour répondre à une demande de réassurance exprimée fortement par les importateurs italiens en particulier. L'idée est d'éviter les initiatives dispersées des opérateurs français et de limiter les risques de surenchère du côté italien.
Une communication tournée vers l'Italie est également envisagée. Mais, pour la Confédération paysanne, ces opérations ont des revers : ' Au nom de la reconquête de la confiance, les producteurs sont de plus en plus encadrés par des chartes, des marques, des codes qui les obligent à entrer dans les organisations de production dominées par l'agro-industrie et leur enlèvent toute autonomie. ' Reste aussi à comprendre pourquoi les prix à la production sont déconnectés de ceux à la distribution. Certes la mévente des avants entraîne une inflation sur les arrières.
Mais les opérateurs ont aussi augmenté leur marge. Pour bien évaluer la situation, des relevés de prix devaient être réalisés par le syndicalisme majoritaire dès le 2 août dans certaines grandes surfaces. Les produits ciblés sont le steak haché emballé en barquette de 2 × 150 g à moins de 15 % de matière grasse et le faux-filet. Néanmoins, il est peu probable que toutes ces actions permettent de passer l'automne sans encombres. ' On arrive devant un mur. Il va falloir que les pouvoirs publics remettent la main à la poche, sinon un tiers des exploitations bovines vont disparaître ', prévient Marjolaine Maurette. Déjà des programmes de cessation d'activité sont évoqués...



Cécile Blanchard


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