Publié le vendredi 09 juin 2006
Avec une population en plein développement, les loups colonisent de nouveaux territoires et multiplient les attaques. La montée en alpage des troupeaux ovins se déroule dans un climat d'inquiétude. Dans le massif pyrénéen, c'est le lâcher d'ours slovènes
Depuis sa réapparition en 1992 dans le parc du Mercantour, le loup n'a cessé de se développer et de coloniser de nouveaux territoires. Avec un taux de croissance supérieur à 20 % par an, les effectifs sont estimés aujourd'hui entre 120 et 130 individus. La présence du prédateur se consolide désormais sur tout l'arc alpin. Une vingtaine de zones de présence permanente de l'espèce est concernée dans neuf départements des deux régions Paca (Hautes-Alpes, Alpes de Haute-Provence, Alpes-Maritimes et Var) et Rhône-Alpes (Ain, Drôme, Isère, Savoie et Haute-Savoie). Le 23 mai, un couple de loups a même été repéré dans le nord de la Lozère. Après analyse, l'ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage) a confirmé que ces animaux étaient bien de lignée italienne, comme ceux détectés il y a quelques années dans les Pyrénées Orientales. ' La situation est très inquiétante, au moment de la montée dans les estives, c'est le souci majeur des éleveurs. Aujourd'hui, un éleveur sur trois des deux régions est potentiellement concerné, ce qui représente 1 800 éleveurs pour un cheptel de 500 000 brebis ', explique Laurent Garde, chercheur au Cerpam (Centre d'études et de réalisation pastorales Alpes Méditérannée). Et de prévenir : ' La colonisation va se poursuivre dans les zones qui réunissent trois facteurs favorables : des zones boisées, du gibier et de l'élevage ovin extensif. ' Le Massif Central, La Franche-Comté, le massif vosgien, la région Midi-Pyrénées seront, un jour ou l'autre, touchés à leur tour. En conséquence, les attaques se multiplient : en 2005, elles ont augmenté de 30 %, provoquant une hausse de 40 % du nombre de brebis tuées, soit près de 4 000. Fait nouveau, on assiste à des attaques sur de jeunes bovins, le nombre de veaux tués par le loup est passé de 5 à 45 entre 2004 et 2005. Autre fait marquant, ' le loup s'adapte aux protections mises en place par les éleveurs. Des témoignages de bergers font état d'attaques de jour en leur présence ', rapporte Laurent Garde. Alors, les éleveurs sont de plus en plus nombreux à se protéger. Un programme de protection des troupeaux dans les zones à loups leur permet, sous certaines conditions, d'obtenir des financements pour l'aide au gardiennage, l'achat et l'entretien de chiens de protection ou la pose de clôtures destinées au regroupement des troupeaux. L'an dernier, Le nombre d'éleveurs ayant souscrit à ces contrats a augmenté de 80 %, passant de 247 à 445. Mais La prévention se révèle parfois insuffisante, voire inadaptée : ' Nous ne voyons pas de solutions. Si nous mettons des chiens pour protéger les troupeaux, ce sont les promeneurs qui ne pourront plus passer. C'est préjudiciable à notre économie touristique ', affirme Jean-Claude Croze, directeur de la FDSEA de la Haute-Savoie, un département qui fait l'apprentissage de la présence du loup avec 57 attaques révélées l'été dernier pour la première fois. ' La solution serait de forcer les verrous juridiques européens, qui protègent le loup en tant qu'espèce protégée, pour mettre en place une vraie politique de régulation. ' poursuit-il. Selon lui, le plan d'effarouchement et de prélèvement du loup, rendu public le 1 er juin pour la saison à venir ' n'est qu'un gadget, qui ne réglera pas le problème '. Ce plan, qui reprend sous une forme allégée les dispositions du protocole précédent, prévoit la possibilité d'abattre, dans certaines conditions, six loups au maximum.
MARIE-FRANCE MALTERRE DENISE MARTY, JEAN-ALIX JODIER
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