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La France Agricole numéro 3133

Du tourteau de lin pour un beurre tartinable '

Publié le vendredi 05 mai 2006

Didier et Christine Casiez vendent une partie du lait en vente directe. L'hiver, ils modifient l'alimentation des vaches dont le lait sert à la transformation.


Pour satisfaire la clientèle qui achète leurs produits laitiers en vente directe, Christine et Didier Casiez gèrent en hiver deux troupeaux, l'un de 28 vaches, l'autre de 7 vaches. Installés à Landrethun-le-Nord (Pas-de-Calais), ils construisent en 2003 un atelier de transformation, afin de monter une deuxième activité sur leur petite exploitation laitière. Mais le premier hiver, le beurre est dur. Trop dur, se plaignent leurs clients.
' Or le beurre est incontournable, même si c'est le produit le moins rentable de ma gamme, explique Christine. C'est le produit d'appel. Les gens viennent tout d'abord acheter leur beurre, puis ils prennent aussi des yaourts, de la crème, du lait cru... ' Il faut proposer un aliment qui convient au goût de leurs acheteurs. Christine et Didier intègrent donc du tourteau de lin à la ration des vaches, à base d'ensilage de maïs et de tourteau de soja.
Le tourteau de lin augmente légèrement la production laitière et possède un effet légèrement dépressif sur le taux butyreux (TB) et le taux protéique (TP). Surtout, il modifie la composition du lait. La teneur en acides gras poly- insaturés augmente, en particulier l'acide alpha-linolénique, le fameux oméga-3. Or c'est cette teneur qui détermine la tendreté du beurre, et donc sa tartinabilité.

Toutes les laitières n'ont pas droit au même menu. ' Le tourteau de lin est nettement plus cher que le tourteau de soja : 0,287 €/kg, contre 0,218 €/kg. Soit une charge supplémentaire de 1 200 € sur l'année. Mais la laiterie ne nous paie pas plus pour autant. Nous avons donc décidé de n'en donner qu'à une partie du troupeau, celle dont nous utilisons le lait pour la vente directe. ' En hiver, ils constituent donc deux lots de vaches. Toutes reçoivent du maïs à volonté, 20 kg bruts de betteraves fourragères et du foin à disposition. Celles dont le lait est livré à la laiterie reçoivent 3 kg de tourteau de soja, tandis que les sept à huit vaches - des primipares exclusivement - dont le lait est destiné à la transformation reçoivent 1,5 kg de tourteau de lin et 1,5 kg de soja.
Lot de primipares
' Nous devrions les trier suivant leurs taux, puisque certaines vaches affichent des TB beaucoup plus élevés que d'autres, reconnaît Didier. Mais la sélection se fait sur un autre critère : les primipares n'ont pas encore l'habitude d'un grand troupeau. Après une saison au pâturage toutes ensemble, les multipares acceptent mal d'être logées à l'écart. La logistique est déjà assez compliquée avec deux lots, nous ne voulons pas rencontrer de difficultés supplémentaires. ' Ce double régime alimentaire demande également plus de travail à la transformation. ' L'hiver, je dois écrémer huit traites par semaine pour avoir un volume suffisant, puisque je n'ai que sept à huit vaches à disposition, explique Christine. Alors que l'été, je n'écrème que deux traites par semaine, sur tout le troupeau. '
Dès la mise à l'herbe, Christine et Didier regroupent toutes les vaches en un seul troupeau. Le lait obtenu au pâturage est d'une meilleure qualité, qui ne justifie pas deux alimentations différentes. Les vaches ont accès à six à sept hectares en pâturage tournant, à raison de quatre à cinq jours dans chaque parcelle. Mais la surface en herbe est trop faible pour qu'il soit possible de fermer le silo. Les laitières reçoivent donc de l'ensilage de blé immature et de la pulpe surpressée, ainsi que du foin de première coupe tout au long de la saison de pâturage.

' Quant au choix de la race, nous sommes restés en prim'holstein, précise encore Didier. Avec une alimentation équilibrée, certaines laitières obtiennent d'excellents taux. Et elles produisent 7 800 kg de moyenne sans être poussées. ' Compte tenu de la petite superficie, ils ne peuvent pas élever plus de vaches. ' Nous essayons aussi d'être autonomes au maximum. Nous n'achetons que la pulpe surpressée et les tourteaux de soja et de lin. Pour des raisons financières. Mais aussi parce que les clients apprécient que les animaux soient nourris avec des aliments produits à la ferme. '
Avec l'ajout du tourteau de lin dans la ration, le résultat est immédiat : le beurre est beaucoup plus tartinable, même s'il n'atteint pas la qualité de celui d'été. ' Nos clients veulent manger de bons produits. Il suffit de leur expliquer pourquoi le beurre n'a pas le même goût l'été que l'hiver... Nous leur apprenons aussi que la couleur jaune est due au bêta-carotène de l'herbe pâturée. Une fois qu'ils savent, ils acceptent sans problème la variation saisonnière. Même si certains clients ne nous en achètent que l'été, qu'ils congèlent ensuite pour l'hiver ! '

ELSA CASALEGNO


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