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La France Agricole numéro 3130

Soja sous haute surveillance pour l'alimentation humaine

Publié le vendredi 14 avril 2006

Pour produire du soja alimentaire, Alain Blanquet respecte un cahier des charges imposant une traçabilité totale.


Lorsque Alain Blanquet parle de la culture du soja sur son exploitation de Lamasquère, non loin de Toulouse, chaque mot est pesé, chaque phrase mûrement réfléchie. L'agriculteur destine la totalité de ses 35 hectares de soja à Agricert, un négoce local exclusivement consacré au soja pour l'alimentation humaine. Pas question pour lui de laisser échapper l'information sensible ou sujette à mauvaise interprétation, susceptible de faire du tort à cette jeune filière comptant moins de cinquante producteurs.
Cette rigueur verbale, il la décline aussi au champ, dans la conduite du protéagineux qui couvre près de la moitié de l'assolement. ' Sur mes terres argileuses difficiles à travailler, le soja permet de libérer les sols la première semaine d'octobre au plus tard, dans de bonnes conditions pour le blé qui suit. Contractualiser avec Agricert est un moyen de me démarquer du tout-venant grâce à un débouché de qualité et plus rémunérateur ', explique l'agriculteur pour justifier son choix. Déjà rodé avec la filière Soja de pays, Alain s'est tourné il y a trois ans vers Agricert pour profiter de la proximité de la structure, située à quelques kilomètres.

Pour accéder au débouché de l'alimentation humaine, le soja doit faire bonne figure et avoir un aspect jaune et brillant. Il doit surtout être totalement exempt d'OGM. ' Les industriels exigent des sojas tracés et non-OGM, nous réalisons donc des analyses croisées en permanence ', affirme Eric Jeanpierre, l'agriculteur à l'origine d'Agricert. Selon lui, ' l'augmentation de la demande au fil des ans s'explique peut-être par cet excès de précautions '. Une prudence qui a un coût, puisque les producteurs dépensent environ 9 euros/t en frais d'analyses, confiées à un organisme indépendant. Les graines ne sont pas encore en terre que le soja est déjà placé sous surveillance : avant de sortir le semoir, il faut attendre le résultat des analyses de semences confirmant l'absence de grains transgéniques. Au moment de la récolte, une dizaine de prélèvements est effectuée dans chaque benne, pour mesurer l'humidité, le taux d'impuretés et de grains cassés, et à nouveau détecter la présence d'OGM. Entre ces deux étapes, les parcelles de soja ­ le contrat impose que toutes soient destinées à Agricert ­ sont contrôlées en août par l'organisme indépendant. ' L'objectif est de vérifier la cohérence entre les informations contenues dans le dossier et ce qui est observé directement sur le terrain ', précise Eric Jeanpierre.
Ce tour de plaine est aussi l'occasion d'observer le niveau de salissement des parcelles. La propreté est une condition indispensable pour rester sous le seuil de 2 % d'impuretés tolérées. ' Le désherbage représente le poste le plus important ', confirme Alain Blanquet, qui applique un traitement en prélevée associant un antidicot et un antigraminées, puis réalise deux passages de rattrapage. Cette stratégie impose un coût de désherbage de 120 euros/ha, contre 70 euros/ha habituellement. Le cahier des charges est si strict sur ce point que le producteur est parfois contraint de nettoyer les parcelles à la main pour venir à bout de la morelle et du xanthium, les deux bêtes noires du soja alimentaire.
Plus de 40 % de protéines
Pour répondre aux attentes des industriels, pour qui la richesse en protéines est synonyme d'économies, le cahier des charges fixe un seuil minimum de 40 % de protéines. Au-delà, l'exploitant touche une bonification qui croît proportionnellement à la concentration. Alain Blanquet met toutes les chances de son côté en choisissant une variété adaptée, quitte à y perdre en rendement, puisque ' la protéine est plus rémunératrice que la productivité '. L'an passé, il a bénéficié d'une prime de 80 euros/t pour une concentration de 42 %. Un bonus qualité ' qui peut aller jusqu'à 120 euros/t lorsque l'on atteint 46 % ', précise Eric Jeanpierre.
Une bonne gestion de l'irrigation est elle aussi capitale. Elle est d'ailleurs imposée dans le contrat signé avec Agricert. ' J'arrose plus longtemps qu'en soja traditionnel, jusque trois semaines avant la récolte, soit cinq tours d'eau d'environ 30 mm, précise l'exploitant. Il faut être très vigilant en fin de cycle. ' Le système d'arrosage débute sa campagne aux premières fleurs, et est remisé quand les gousses commencent à brunir et que tombent les premières feuilles.

Toutes ces adaptations nécessaires au respect du cahier des charges ne dissuaderont pas Alain Blanquet de continuer dans cette voie.
' Au moins, les efforts sont vraiment récompensés, et la rémunération est proportionnelle à la qualité. C'est motivant. ' Il apprécie aussi la visibilité économique offerte par cette filière. ' Au moment de semer, je connais déjà le prix de base et la seule inconnue reste la prime liée à la qualité, explique-t-il. Ce n'est pas négligeable compte tenu des fluctuations du cours du soja. '

GABRIEL OMNÈS


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