Publié le vendredi 10 mars 2006
L'arrivée massive des tourteaux de colza va probablement réduire le recours au soja, mais pourrait aussi enterrer le pois.
Les biocarburants feront-ils reculer les importations de tourteau de soja ? L'hypothèse est probable, si l'on en croit les propos des orateurs du colloque ' Dépendance au soja : des alternatives pour nourrir les animaux sont-elles possibles ? ', organisé dans le cadre du Salon de l'agriculture à l'initiative du Réseau agriculture durable. Selon Sofiprotéol, le coup d'accélérateur pour le biodiesel se traduira par une disponibilité supplémentaire de 2 millions de tonnes (Mt) de tourteaux de colza en Europe pour atteindre 6 Mt. Cette arrivée massive sur le marché européen aura un double effet : un approvisionnement local régulier et une vraisemblable baisse des prix. Deux facteurs qui ont de quoi séduire les fabricants d'aliments du bétail (FAB), qui trouveront là une solution de substitution économiquement intéressante au soja américain. Sur le plan technique, les industriels savent parfaitement jongler avec les matières premières à leur disposition. ' On peut produire du lait et des porcs sans tourteau de soja, affirme Olivier Lapierre, du Cereopa (1). C'est plus compliqué pour les volailles, les premières consommatrices de ce produit, mais c'est possible en allongeant la durée de l'élevage. ' Ce début de réponse apporté par les biocarburants à la dépendance protéique de l'Europe soulève aussi des inquiétudes pour l'avenir du pois, déjà mal en point. ' Le marché va faire un énorme appel d'air pour le colza énergétique, projette Willy Patsouris, directeur de la coopérative de Creully, en Normandie. Nous allons nous retrouver avec des montagnes de tourteaux de colza dont la baisse des prix va entraîner dans son sillage celle du pois. On risque de voir ce protéagineux disparaître, alors que l'on en a besoin dans les rotations. ' Malgré la bonne volonté affichée par l'Unip (2) et les plans de relance initiés pour relancer cette production, l'avenir du pois apparaît sombre. ' Cela fait plusieurs années que nous essayons de maintenir cette culture à bout de bras, mais nous sommes sur le point de lâcher, confesse Willy Patsouris. Sans aide, c'est impossible. ' Pour Olivier Lapierre, ' le pois ne peut pas être compétitif vis-à -vis des autres matières riches en protéines disponibles, car pour que les agriculteurs en produisent, il faudrait le vendre à un prix qui n'est pas intéressant pour les FAB. Un progrès technologique permettant un meilleur rendement à moindre coût est nécessaire pour le remettre dans la course '. A moins que le biodiesel ne fasse caler pour de bon le protéagineux. (1) Centre d'étude et de recherche sur l'économie et l'organisation des productions animales. (2) Union interprofessionnelle des plantes riches en protéines.
GABRIEL OMNÈS
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