Publié le vendredi 03 mars 2006
En commercialisant à la ferme les produits de ses 30 vaches limousines, Philippe Soulié est parvenu à créer de la valeur ajoutée... et un emploi à mi-temps.
Entre ma décision de passer en bio en 2000 et la fin de ma conversion deux ans plus tard, il n'y avait plus de différentiel de prix intéressant entre une filière classique et celle de l'agriculture biologique, raconte Philippe Soulié, installé à Branceilles, en basse Corrèze. Comment ne pas réfléchir alors à une solution financièrement efficace ? ' En 1990, Philippe s'était installé sur la moitié de l'exploitation familiale, soit 30 hectares dont 3 ha d'épinards et des vaches allaitantes. Lorsqu'il reprend l'ensemble de l'exploitation deux ans plus tard, il abandonne les épinards et le tabac pour garder les vaches et la vigne. ' En 1992, j'avais un système intensif, avec du zéro pâturage, du sorgho et de la luzerne irrigués, de l'ensilage d'herbe et de maïs... Puis, j'ai peu à peu délaissé ce que j'avais appris à l'école ', plaisante-t-il. Le système évolue vers du pâturage avec l'arrêt des ensilages et le retour des céréales. La conversion en bio est motivée par une recherche de valeur ajoutée pour la vente des boeufs et des vaches de boucherie. Mais les espoirs de l'éleveur sont vite déçus. ' La filière est trop peu importante sur le plan quantitatif et trop irrégulière au cours d'une année pour structurer des marchés ', analyse Philippe Soulié. La vente directe apparaît alors comme une solution possible, et ce d'autant plus que son épouse Cécile s'impliquerait volontiers sur l'exploitation, en abandonnant un travail à mi-temps à l'extérieur. ' Nous avons vendu le premier animal à la famille et aux amis. Puis, le bouche à oreille a fait son chemin. ' Cécile est partie prospecter des clients sur les marchés aux côtés d'une amie vendant du foie gras. Ce contact direct a été bénéfique et a ramené des clients. Philippe et Cécile en comptent aujourd'hui 180 fidélisés à leur production. Le circuit de commercialisation a été simplifié au maximum. Les animaux sont abattus à Brive, puis découpés, conditionnés sous vide et étiquetés dans un atelier de découpe, sous forme de prestation de service. Les steaks sont conditionnés par 500 g et le reste en sachets d'un kilo. Les éleveurs préparent ensuite des colis de 10 kg, qui sont rapportés sur l'exploitation. Un petit local de vente a été aménagé pour recevoir les clients, uniquement les samedis de 10 h à 17 h. Aucune livraison n'est effectuée. Au rythme d'un animal abattu par mois en décembre, janvier, février, de deux entre mars et juin et entre septembre et novembre, la production d'animaux finis est vendue en direct à 80 %. ' L'objectif est d'arriver à 100 %. A raison d'un prix de vente en carcasse entière à 3,33 €/kg et d'un prix en direct à 8,11 €/kg, il n'y a pas à hésiter longtemps ', précisent les éleveurs. Les frais d'abattage, de découpe et de transport sont de 1,62 €/kg. ' Le contact direct avec la clientèle catalyse notre motivation. C'est une vraie chance que de pouvoir aller jusqu'au bout d'une filière. La sélection du cheptel porte alors doublement ses fruits ', ajoutent-ils. Autre sujet de satisfaction : la conversion en bio. ' Le système m'a convaincu, avoue Philippe. Je ne reviendrai pas en arrière. J'ai réalisé qu'on pouvait se passer de désherbants dans les céréales en les implantant pendant deux ans sur des prairies retournées, que l'homéopathie était efficace et moins onéreuse que les traitements classiques, que l'état de santé des animaux pouvait être en relation directe avec l'équilibre des rations et la manière de distribuer les aliments... ' Soucieux de léguer un environnement sain aux générations futures, les éleveurs n'en analysent pas moins avec pragmatisme leur situation. ' La vente directe en bio permet d'assumer financièrement un mi-temps, charges patronales comprises ', souligne Philippe, qui tient à dégager aussi du temps pour ses deux passions : la vigne et une truffière. ' Mon père a été un des pionniers de réimplantation du vignoble de Branceilles... C'est une richesse patrimoniale pour la Corrèze. Quant aux truffes, il s'agit d'une production également ancrée au pays. C'est le troisième chien truffier que je dresse pour le cavage, un lagoto romaniolo, originaire d'Italie... '
MONIQUE ROQUE
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