Publié le vendredi 06 juillet 2001
On n'est jamais si bien servi que par soi-même. Dominique Voynet a compris qu'elle serait bien seule pour défendre son bilan. Même ses amis Verts lui ont réservé un accueil crispé pour son retour au bercail. En fait, la ministre qui devrait prochainement quitter le gouvernement peut s'interroger sur le sens profond de son engagement. Est-elle simplement une femme politique, voire politicienne, qui agit au gré des opportunités et des majorités de circonstance ou défend-elle sincèrement la cause de l'environnement ? La question vaut également pour son parti.Par tous les moyens, elle a tenté de culpabiliser les agriculteurs et de les désigner à la vindicte populaire. Chacun peut chercher les bénéfices écologiques d'un tel acharnement. Il n'est même pas possible de saluer une forme de bravoure, tant l'agriculture est affaiblie par sa démographie. Le véritable courage aurait consisté à s'attaquer aux lobbies du pétrole et du nucléaire pour imposer les bioénergies. Quant au fiasco et au manque de clairvoyance lors de la négociation ratée de Kyoto, l'Histoire retiendra les futilités qui ont fait perdre cette occasion unique. Enfin, pourquoi tant de couardise face à l'évolution de la politique agricole de l'Union européenne ? La ministre de l'Environnement se serait-elle ralliée ' au libéralisme vert ' dénoncé par un syndicat agricole ? Dans ce cas les agriculteurs seraient condamnés à entretenir un sanctuaire écologique et l'Europe devrait importer sa nourriture au prix mondial. Les écotaxes s'inspiraient probablement de cette logique avec pour objectif indirect le financement des 35 heures. Les véritables progrès environnementaux enregistrés depuis quatre ans sont à mettre à l'actif des agriculteurs qui ont cherché les solutions pour assumer leurs responsabilités. Ils l'ont fait sans bruit, avec des moyens réduits. Les démarches pour optimiser l'utilisation de l'azote, pour économiser l'eau, pour raisonner l'usage des produits phytosanitaires, pour éliminer les déchets, pour améliorer l'alimentation des animaux... méritent bien plus que le dédain. Elles montrent une détermination dans la recherche des meilleures solutions pour préserver l'environnement. Elles laissent surtout entrevoir ce que pourrait être une véritable politique qui allierait un progrès maîtrisé, une compétition mondiale apaisée et une implication réalisée dans la concertation avec les pouvoirs publics. La politique conduite par la ministre de l'Environnement a montré son inefficacité et ses limites. Paradoxalement, Dominique Voynet a peut-être rendu un grand service à ses successeurs en expérimentant ce qu'il ne faut pas faire. Encore faudra-t-il avoir le courage de tirer les enseignements de quatre années de maladresses et d'improvisation.
Michel Collonge
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