Publié le vendredi 19 janvier 2001
Faut-il applaudir ou déplorer le licenciement sans préavis de deux ministres en Allemagne pour cause de vache folle ? Le chancelier allemand a utilisé ces deux fusibles pour tenter de sauvegarder la confiance de son opinion. Il a également annoncé un changement radical de la politique agricole de son pays. Les politiciens, seuls, ont le secret de telles volte-face. Mais ils n'en sortent pas grandis. Le courage est bien préférable à l'amnésie pour diriger un pays. Lorsque les contribuables d'outre-Rhin refusaient une augmentation de leur participation financière au budget de l'Union européenne, Gerhard Schröder plaidait presque pour une agriculture soumise à la concurrence mondiale. Maintenant, il veut prendre en compte les besoins des consommateurs. L'avenir dira si ces derniers choisiront des prix bas et des produits banalisés ou une alimentation de qualité payée à sa juste valeur. La Commission européenne, en revanche, ne change pas d'avis comme une girouette. Les tergiversations des pays de l'UE semblent l'indifférer. Franz Fischler, le commissaire à l'agriculture, a déjà fait savoir que l'accord de Berlin offre toute la panoplie d'outils pour réorienter les aides. Bruxelles rappelle que l'Allemagne a refusé d'exploiter la flexibilité de 20 % prévue sur les compensations agricoles européennes. Une façon détournée de citer la modulation en exemple, puisque c'est par ce biais que Paris utilise la flexibilité. L'exemplarité de la modulation française ! Il y a de quoi s'étouffer lorsque l'on connaît le fonctionnement de cette usine à gaz et les dégâts qu'elle risque de provoquer pour l'agriculture française. La réorientation de l'agriculture européenne est sans nul doute nécessaire. Le rendez-vous prévu en 2002 lors de la négociation de l'Agenda 2000 offrira l'occasion de remettre l'ouvrage sur le métier. La direction qui sera donnée alors risque d'être bien différente de celle souhaitée par les consommateurs, les contribuables, les environnementalistes et les agriculteurs. Lors du prochain scrutin pour les chambres d'agriculture, le nombre de chefs d'exploitation français appelés au vote aura baissé d'un quart par rapport à la précédente consultation, il y a six ans, et aura été divisé par deux en l'espace de douze ans. Lorsque le chancelier allemand dénonce ' les vociférations des lobbies agricoles ' - argument développé sous une autre forme par certains hommes politiques français - il se trompe de cible. Les lobbies agricoles n'ont plus l'influence nécessaire pour obtenir la correction des erreurs commises par les décideurs politiques. Les agriculteurs ou leurs hypothétiques lobbies ne sont que des cibles faciles et affaiblies, utilisées pour détourner l'attention d'une opinion peu familiarisée avec les problèmes agricoles.
Michel Collonge
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