Publié le vendredi 29 juin 2001
L'avis de l'Afssa (Agence française de sécurité sanitaire des aliments) n'est pas le blanc-seing attendu sur la possibilité de passer d'un abattage total à un abattage sélectif, lorsqu'un cas d'ESB est détecté dans un troupeau. Sur la foi de considérations sanitaires, éthiques et... budgétaires, la prise de décision sur le sujet illustre plutôt la dilution des responsabilités entre des scientifiques tout en nuances, des politiques tout en prudence et des éleveurs qui revendiquent la ' grâce ' des vaches présumées innocentes. In fine et sous certaines conditions pour le moins alambiquées, les plus jeunes du troupeau pourraient ne plus être abattus mais ils devraient alors rester sur l'exploitation pour une durée encore indéterminée... L'élimination des ' matériaux à risque ' sur les carcasses, la mise en place des tests de dépistage sur les bovins de plus de 30 mois, puis de 24 mois, et la suppression des farines animales ne sauraient-elles suffire à sécuriser les consommateurs ? Dans le même temps la France retrouve son statut de pays indemne de fièvre aphteuse, et voit lever des obstacles aux exportations. L'accroissement prévisible des flux commerciaux ne peut empêcher de penser que le risque d'importer des maladies ne sera jamais exclu. Au-delà de son efficacité relative, eu égard aux insoutenables charniers d'Outre-Manche, la méthode ' détruire pour guérir ' a montré ses limites. Elle produit des effets collatéraux difficiles à maîtriser auprès de l'opinion mais aussi des éleveurs gagnés par un sentiment de gâchis génétique, économique et humain. Si le propre des événements sanitaires est de prendre tout le monde au dépourvu, les stratégies à tenir en cas d'épidémie méritent d'être réévaluées à la lumière de la dernière vague de fièvre aphteuse. La question du financement des recherches sur les méthodes de protection, telles que la vaccination, est posée. Elle va de pair avec un cadre négocié au sein de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Le pari de faire d'une pierre deux coups, en se servant de mesures sanitaires pour désengorger le marché, ne peut non plus constituer une politique à moyen terme d'adaptation de la production à la consommation. Il entretient la confusion des genres et ne contribue pas à redorer le blason de l'élevage. La fin du programme ' d'achat destruction ' pour les vaches non testées, remplacé par leur stockage, correspond avec la décision des Quinze d'augmenter le plafond annuel d'achats publics des mâles et de resserrer les critères d'attribution des primes bovines. Les stocks d'aujourd'hui ne seront-ils pas payés à crédit par des coupes sombres dans l'organisation communautaire du marché de la viande bovine ?
Eric Maerten
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