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La France Agricole numéro 3116

Le paysage au coeur de la conditionnalité ' à la suisse '

Publié le vendredi 06 janvier 2006

Le gouvernement a choisi de lier une partie des aides à la fourniture de prestations en faveur de la société et de la nature.

Préservez l'environnement, sans quoi vous ne verrez pas la couleur de vos aides. Ce pourrait être la devise du gouvernement suisse. Dans ce pays non encore membre de l'Union européenne (UE), un agriculteur ne reçoit des aides directes que s'il a moins de soixante-cinq ans et s'engage à préserver les milieux naturels sur 7 % de son exploitation. Il doit ainsi réaliser un bilan de fumure équilibré, prévoir quatre cultures dans son assolement, une couverture hivernale du sol et faire une utilisation sélective des produits phytosanitaires. ' Cela peut paraître contraignant, mais c'est notre revenu qui est en jeu ', souligne Jean-Jacques Engel, agriculteur près de Neuchâtel, à la frontière alsacienne.

A chaque exigence sa rétribution. Les prairies extensives sont par exemple indemnisées entre 450 à 1 500 euros l'hectare selon la zone de production, les jachères entre 1 600 et 1 900 euros l'hectare, les cultures biologiques entre 130 et 775 euros l'hectare, etc. La Suisse réserve chaque année 2,25 milliards d'euros de soutien à son agriculture, dont 2 milliards sont consacrés à la qualité du paysage. ' Ces exigences vont parfois au-delà du bon sens, regrette l'exploitant. Les forêts, haies et cours d'eau doivent être bordés d'une bande enherbée de trois mètres et les chemins, de 50 centimètres. Bientôt, ce sera six et trois mètres ! '

' Nous devons tenir à jour un carnet des champs au fur et à mesure des travaux et des traitements ', explique Jean-Jacques. Il s'accompagne d'un mémento acheté chaque année, qui vulgarise la réglementation et propose des conseils techniques et des repères comptables ou financiers. Avec ce manuel du parfait agriculteur en poche, les exploitants suisses sont parés pour les contrôles. Ces derniers sont annoncés dans la presse et sont fondés sur la discussion entre le contrôlé et le contrôleur, lui-même un agriculteur formé spécialement à cette tâche. ' Nous pouvons vérifier tous les aspects de la réglementation. Nous connaissons les problèmes pratiques et savons également être durs avec nos pairs ', explique Jean-Jacques, lui-même contrôleur. C'est à l'exploitant de payer le contrôle. Il lui en coûte jusqu'à 130 euros par visite.

ARIELLE DELEST


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