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La France Agricole numéro 3109

L'imbroglio des retenues d'irrigation

Publié le vendredi 18 novembre 2005

Il y a dix ans, les irrigants du nord de la Charente jouaient les pionniers pour leurs réserves de substitution. Aujourd'hui, ces retenues leur ont valu d'être condamnés en justice. Celles en cours d'aménagement sont stoppées.

La sécheresse a amené nombre d'hommes politiques à se prononcer durant l'été en faveur des réserves de substitution. En Charente, les premiers projets, tous individuels, ont été lancés en 1996 avec force encouragements des pouvoirs publics et le soutien financier de l'Agence de l'eau et des collectivités locales. Depuis, neuf ont été aménagées, pour des volumes de 100 000 à 260 000 m 3. Elles avaient jusqu'alors fonctionné sans problème.
Cette année, la sécheresse est venue gripper les rouages du système. Une association de protection de l'environnement a affrété un hélicoptère pour aller photographier le remplissage des retenues. Las, ce remplissage à partir de la nappe ou d'une rivière s'est fait, alors qu'il manquait quelques centimètres pour atteindre la cote autorisée en hiver. Les propriétaires de retenues se sont retrouvés devant le tribunal.
' Le remplissage se fait entre le 15 novembre et le 15 mars, en fonction du bon sens paysan, explique Jean-Luc Lassoudière, l'un des irrigants du nord de la Charente. Dans notre esprit, nous avons toujours respecté les principes de la substitution pour les réserves. ' Un autre irrigant, qui s'était adressé à la préfecture pour savoir si oui ou non le remplissage pouvait se faire, s'était entendu répondre : ' En hiver, vous faites ce que vous voulez. ' La condamnation par le tribunal de Ruffec, 1 000 € pour chacun des sept contrevenants, a été d'autant plus difficile à accepter.

Assortie d'une interdiction préfectorale d'utiliser l'eau considérée comme illégale, elle a laissé les réserves dans une situation paradoxale. Alors que les cultures s'asséchaient, il était impossible d'y avoir recours. Même pour l'eau stockée depuis la campagne précédente, même pour celle pompée l'hiver ' légalement ', dans le respect de la cote d'alerte. L'ensemble représentait 600 000 m 3 sur le million bloqué. Les irrigants ont fait des propositions pour utiliser l'eau ' légale ' de leurs réserves, notamment pour la substituer à des prélèvements dans le milieu naturel. La préfecture les a rejetées.


L'EAU RESTE BLOQUEE
Les pluies tombent à nouveau et l'eau des retenues est toujours bloquée. ' Autoriser pour interdire ensuite, c'est insupportable, regrettent les irrigants. Nous avons l'impression d'être au milieu d'un laboratoire juridico-administratif. Il faut que les élus prennent le problème en charge. L'Administration, elle, est trop peureuse... '

MYRIAM GUILLEMAUD


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