Publié le vendredi 29 juin 2001
La prise en considération du climat et du type de sol peut permettre une meilleure valorisation des fumiers et lisiers. Cette méthode remet en cause le mode de gestion classique, mais aussi certains aspects réglementaires.
Pour 100 kilos d'azote apportés sous forme de fumier de bovins avant un colza, la plante en tirera la première année 10 kilos au minimum et 17 au mieux. Une différence qui s'explique par le type de sol et le climat. A partir de la démarche expérimentale de la chambre régionale d'agriculture de Lorraine, une pratique de gestion des épandages est proposée. Pour vérifier la bonne valorisation par une culture de l'azote contenu dans un fumier, on compare une micro parcelle avec fumier à une autre sans fumier. A la chambre régionale d'agriculture, on a eu l'idée de réaliser ce genre d'essais en les répétant dans des sols différents de mêmes parcelles hétérogènes. Ainsi, on retrouve un historique cultural commun et des conditions climatiques identiques. Cela permet de comparer ' l'efficacité ' des engrais de ferme en fonction des types de sol.Les conclusions sur trois campagnes dans le contexte lorrain, sept sites différents et plusieurs rotations sont intéressantes : ' Des apports à l'automne sur des sols filtrants et nus pourront être sujets à un lessivage important, explique Emmanuel Hance, ingénieur d'études. Dans ce cas, la valorisation de l'azote en première année sera faible. A l'inverse certains sols profonds seront peu sensibles à ce phénomène. ' Le lessivage est le premier phénomène important lié au type de sol. Le second tient à sa capacité de minéraliser : ' Effectivement, poursuit-il, d'un type de sol à l'autre, ce facteur est très variable et doit être pris en compte. Donc, si l'on parle de sol, on se doit de prendre en compte le climat qui interagit... ' Les méthodes habituelles en ce domaine prennent en compte trois paramètres essentiels : la période d'épandage, la culture réceptrice et le type et la quantité d'engrais de ferme, qui était simplement converti en équivalent engrais. Ajouter deux paramètres - climat et sol - va permettre d'affiner l'analyse. Trop souvent les engrais de ferme sont épandus en fonction des disponibilités des terrains et de leur portance. C'est seulement ensuite que l'on se soucie de leur valorisation. Emmanuel Hance propose d'aller plus loin ' vers une véritable gestion des apports qui tient compte des cultures et des sols, pour maximiser la valorisation des engrais de ferme. ' C'est en ce sens qu'il utilise les données climatiques en amont de l'épandage. ' En combinant le type de sol, poursuit-il, avec la pluviométrie, il est possible de calculer un risque de lessivage théorique. ' Cette donnée est très variable. Par exemple, pour un même tonnage de fumier, et une pluviométrie similaire, un sol superficiel peut voir plus de 50 % de l'azote minéral apporté par le fumier et non absorbé par la culture lessivé dans l'hiver. Alors que sur un sol profond on ne perdra qu'un cinquième de l'azote. Donc, à partir d'études fréquentielles climatiques, la chambre a mis au point des cartographies qui permettent, en fonction des types de sol et de la pluviométrie, d'évaluer la sensibilité au lessivage en Lorraine. ' A partir de cette donnée, précise l'ingénieur, il était facile de proposer un conseil d'épandage des engrais de ferme. Bien entendu, on tient compte du potentiel d'absorption d'azote à l'automne par les cultures qui est par exemple de 50 à 100 kg/ha pour un colza ou de 20 à 30 kg/ha pour un blé '.
Olivier Jacquin
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