Publié le vendredi 07 octobre 2005
Les prévisionnistes météo ne disent pas si le temps sera suffisamment clément mi-décembre à Hong Kong pour permettre aux négociateurs de l'Organisation mondiale du commerce de se baigner dans la baie. Mais si les commissaires européens en charge du commerce et de l'agriculture continuent sur leur lancée, l'agriculture des Vingt-Cinq risque d'y boire vraiment la tasse. Lors d'une réunion à Paris, il y a quinze jours, le duo Mandelson-Fischer Boel a en effet abattu de nouvelles cartes, alors que les Américains se gardaient bien de sortir du bois. Les deux commissaires européens ont fait des propositions sur l'accès au marché - sans satisfaire les pays présents - et se sont avancés sur la suppression progressive des subventions à l'exportation, notamment l'élimination rapide d'une partie d'entre elles. En fait, l'Europe s'est dévoilée un peu plus, sans obtenir de véritables contreparties. Avec les négociateurs précédents, le duo Lamy-Fischler, l'agriculture européenne a déjà donné. L'accord cadre de juillet 2004 avait amené Bruxelles à lâcher du lest sur l'ouverture des marchés et la suppression des subventions à l'exportation, une carte mise sur la table par l'Union européenne pour dégripper les négociations. Mais depuis, les discussions ont souvent piétiné ou n'ont guère avancé, notamment sur la réciprocité de l'élimination des subventions à l'export, entre autres américaines. En début de semaine à Genève, les discussions entre experts ont progressé sur certains points. L'Europe, qui a réformé à plusieurs reprises sa Pac, ne doit pas devenir l'éternelle ' bonne fille ' qui fait des concessions sans que les autres bougent. Les agriculteurs des Vingt-Cinq ont fait assez d'efforts ! Les restitutions européennes ont été divisées par trois en dix ans et l'UE est de loin le premier importateur mondial de produits agricoles des pays les moins avancés. Les paysans européens n'ont rien à gagner d'un affaiblissement des protections à nos frontières. Même si cela fait saliver des pays comme le Brésil... Mais peut-être Peter Mandelson, commissaire au commerce et proche de Tony Blair, a-t-il décidé de ' s'asseoir ' sur l'agriculture pour mieux avancer sur d'autres volets des négociations... Ou alors, les commissaires européens sont-ils devenus encore plus hermétiques aux demandes des agriculteurs, notamment français, depuis le vote au référendum sur la constitution. Un scrutin qui, s'il a affaibli notre écoute à Bruxelles, n'a pas amélioré le fonctionnement de l'UE. En tous cas, les Américains, eux, ont une ambition pour leur agriculture ! Il est donc temps que les Etats membres rappellent à l'ordre les deux commissaires pour qu'ils ne dépassent pas la ' ligne rouge ' de leur mandat de négociation. Les agriculteurs européens ont assez donné !
YVON HERRY
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