Publié le vendredi 27 mai 2005
Des campagnes peintes en jaune. Tel pourrait être le rêve des promoteurs de la filière Diester soucieux de recruter de nouveaux hectares pour alimenter les futures usines. Ce printemps, dans plusieurs régions, la floraison des parcelles de colza a offert un spectacle éloquent. Les chiffres des surfaces ensemencées confirment cette impression : pour des raisons agronomiques et/ou économiques, la culture a progressé. La barre du million d'hectares serait même à la portée dans quelques années.L'annonce en deux temps de nouveaux agréments, accordés aux biocarburants, s'inscrit dans un climat porteur. Relativisons toutefois : à travers ce geste fiscal, le gouvernement français ne fait que se soumettre à pas comptés aux directives européennes, laissant à la profession le soin d'organiser les montages financiers et industriels des projets. En clair d'en assumer le risque. Une fois n'est pas coutume, lors du congrès de la Fop ( Fédération des oléagineux et protéagineux), Bruxelles s'est d'ailleurs vu décerner un coup de chapeau pour son rôle moteur dans le décollage de la filière. D'aucuns y verront un satisfecit très politique avant le référendum du 29 mai... Le retour financier aux producteurs reflète mal l'engouement pour l'utilisation énergétique des graines. A travers les péréquations qu'ils opèrent, les organismes stockeurs sont peu enclins à redistribuer les bonifications, de 20 à 30 euros la tonne, liées aux contrats biocarburants. En somme, la valorisation énergétique permettrait simplement de compenser les baisses de régime sur les marchés ' classiques '. Les pétroliers, qui tendent à minimiser l'épuisement des réserves fossiles, rechignent aussi à payer plus cher un carburant ' additif ' et veulent garder l'arbitrage entre plusieurs sources de substitution possibles au pétrole. Quant aux tractoristes, à l'heure d'une concurrence effrénée et de la pression des normes, ils hésitent à disperser leurs investissements de recherche et développement. Dans la limite des assolements, la hausse durable du prix du pétrole doit pourtant attribuer aux débouchés énergétiques un rôle moins accessoire. Les expériences d'autoconsommation d'huile végétale brute menées sur le terrain ont le mérite de faire émerger la réalité des chiffres économiques. A l'échelle de quelques hectares sur une exploitation, les résultats sont de nature à lever quelques tabous et en tout cas alimentent le débat.A l'heure où le Brésil met le turbo dans la production d'éthanol, les possibilités qui sont offertes, par l'utilisation de ce produit d'origine agricole dans la fabrication du biodiesel, seraient un atout de plus pour favoriser la mise en oeuvre de projets industriels viables chez nous.
ÉRIC MAERTEN
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