Publié le vendredi 18 février 2005
Les accords de Luxembourg conduiront à une concentration des élevages de l'Union européenne. Et à une chute de revenu !
En 2012, six ans après la mise en place du découplage total de l'aide directe laitière (ADL), la France comptera-t-elle 75 000 ou 61 000 producteurs de lait de vache ? Alors qu'elle en totalisait 106 000 en 2003 ! Si l'évolution de la population laitière française se poursuit au rythme qu'elle connaît depuis la mise en place des quotas, la réponse est 75 000. ' Cela se traduirait par l'installation d'un jeune pour quatre cessations, commente Jean-Claude Guesdon, le responsable du service économie de l'Institut de l'élevage. Le quota moyen des structures restantes atteindrait 308 000 kg, contre 228 000 kg en 2003. C'est un scénario de continuité en matière d'agrandissement. En revanche, celui aboutissant à la survie de seulement 61 000 exploitations marque une rupture. ' C'est ce qui se passerait si l'ADL ne compensait pas complètement la baisse du prix du lait. ' Ni le gain possible de productivité par vache, ni un meilleur remplissage des stabulations, ne suffirait à produire leurs 372 000 kg de quotas, poursuit Jean-Claude Guesdon. De nouveaux investissements et une attribution plus large de droits à produire à ceux qui misent sur le lait seraient nécessaires. Autant le défi semble relevable dans les zones laitières denses, autant le niveau de croissance exigé dans les régions moins laitières et au déclin actuel mal contenu, serait difficilement envisageable. Sans compter les zones où la probabilité de reconversion des exploitations laitières est forte. 'Ces zones de plaine à faible densité laitière libéreraient plus de la moitié de leur référence actuelle. La demande ne suffirait pas à absorber l'offre. Et sans refonte du système actuel de gestion des quotas, les risques de sous-réalisation régionale seraient bien réels. ' L'Allemagne a choisi de soutenir l'extensification et les systèmes herbagers ', détaille Helmut Hoffman de l'université de Munich. Le soutien à la culture du maïs ensilage était de 474 euros par hectare en 2003. D'ici à 2014, il baissera progressivement pour atteindre le même niveau que celui accordé à l'herbe, soit 340 euros par hectare en 2014. Le résultat économique des exploitations herbagères reculera de 19 %, et celui des adeptes du maïs ensilage de 42 %. ' La production laitière risque de migrer vers les régions de pâturage, explique Helmut Hoffman. Les régions à forte concentration laitière, comme le sud de la Bavière ou la côte de la mer du Nord, intensifieront leurs surfaces fourragères. Le prix de location des terres y progressera. A l'inverse, dans le nord de la Bavière, en Allemagne de l'Est ou encore au sud de la Basse-Saxe, la production laitière perdra du terrain. Les éleveurs se contenteront d'entretenir leurs terres pour toucher les primes. Ou s'orienteront vers la production allaitante ou la mise en place de forêt. ' Au Danemark, selon Susan Clausen, de la Fédération danoise du bétail, ' la production porcine pourrait se révéler plus attractive que celle du lait. Les exploitations laitières et porcines se sont concentrées dans les mêmes zones. Le découplage total, s'il s'accompagne d'une forte baisse du prix du lait tandis que celui du porc progresserait, incitera à la reconversion. ' Les experts prévoient la disparition d'un peu plus de la moitié de leurs exploitations laitières d'ici à 2015. Aujourd'hui, la ferme danoise moyenne dispose de 90 vaches pour produire 700 000 kg de lait. A terme, elle comptera 150 animaux pour un quota moyen de 1 450 000 kg.
ÉRIC ROUSSEL
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