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La France Agricole numéro 2889

De l'herbe et de la valeu rajoutée

Publié le vendredi 01 juin 2001

Pour valoriser son système d'élevage à base d'herbe, Laurent Maugard a choisi de se convertir à l'agrobiologie, tout en développant l'engraissement et la vente directe.

Miser sur la qualité plutôt que sur la quantité pour dégager un revenu, c'est la voie qu'a choisie Laurent Maugard, un jeune éleveur de vingt-huit ans, installé à Espezel, dans les Pyrénées audoises. En 1997, il a repris en fermage l'exploitation familiale, constituée de 33 ha de terres, de trente vaches allaitantes et d'une étable entravée et a acheté 5 ha en complément. Avec la DJA (dotation jeune agriculteur), qui atteint 170 000 F dans cette zone de montagne et un prêt jeunes agriculteurs de 500 000 F, il a construit une nouvelle stabulation de cinquante places avec aire paillée. En gardant toutes les femelles nées les deux premières années, il a pu agrandir rapidement son troupeau et utiliser les vingt droits à prime supplémentaires qu'il avait obtenus en tant que jeune agriculteur. Pour rester autonome sur le plan fourrager, il a saisi une opportunité d'achat de 12 ha et porté sa surface à 50 ha.
En 1998, il a décidé de se convertir à l'agrobiologie. ' Sur le plateau de Sault, notre système d'élevage à base d'herbe et de céréales produites sur l'exploitation est très proche du bio. Nous sommes déjà une dizaine d'éleveurs à avoir franchi le pas pour sauvegarder notre agriculture traditionnelle en l'identifiant et en la démarquant ', explique Laurent.
Son troupeau compte aujourd'hui quarante-deux vaches de race gasconne et treize vaches croisées avec des origines brune-des-Alpes. ' Je produis des broutards maigres et j'engraisse quelques velles, ainsi que des vaches de réforme. Avec les croisées, qui ont une bonne valeur laitière, je fais du veau sous la mère. '
Les vêlages sont groupés entre janvier et avril. Laurent, adhérent à l'Upra gasconne et au contrôle de performances, possède trois taureaux achetés au Centre national gascon. Il insémine une dizaine de mères choisies parmi les meilleures pour produire son renouvellement. ' Je veux éliminer le gêne culard pour ne plus avoir à gérer de vêlages difficiles. En bio, mieux vaut éviter d'avoir besoin du vétérinaire, car le cahier des charges n'autorise que deux traitements médicamenteux par an. '

L'herbe constitue le pilier de l'alimentation du troupeau, les céréales n'étant distribuées en complément qu'aux primipares et aux animaux à l'engrais. De fin mai à fin octobre, les bêtes se nourrissent à l'extérieur de l'exploitation. Les gasconnes et leurs veaux utilisent une estive collective et les génisses une autre, sur laquelle il n'y a pas de taureau. Les croisées pâturent durant la journée sur des prés communaux proches de la stabulation et rentrent le soir pour la tétée des veaux. Grâce à ces surfaces complémentaires, les prairies peuvent être réservées à la récolte du foin, qui constituera la ration de base durant les cinq mois d'hivernage.
Laurent réalise deux coupes sur 14 ha de prairies temporaires et une coupe sur 28,5 ha de prairies naturelles. ' La météo ne nous aide pas toujours. Pour améliorer la qualité du foin, nous avons investi cette année en Cuma dans une faucheuse-conditionneuse, qui devrait nous permettre d'aller plus vite et de ne pas nous laisser gagner par la pousse de l'herbe. '
Pour respecter le cahier des charges bio, il a dû supprimer les désherbants et remplacer les engrais minéraux par des engrais organiques. Le 0-12-7 qu'il met sur les prairies coûte 1,70 F/kg et le 2-4-11 qu'il utilise sur céréales, 1,80 F/kg. Il utilise en priorité le fumier produit sur l'exploitation et joue sur la complémentarité des cultures dans la rotation. ' J'implante le blé, le triticale ou l'avoine après une luzerne ou une association de ray-grass anglais et de trèfle violet, de façon à profiter de l'azote produit par les légumineuses. J'obtiens un rendement de 35 à 40 q/ha en première paille et de 30 q/ha en deuxième paille. '

Compte tenu de ces rendements, il lui faudra trouver 5 à 10 ha de plus pour cultiver des céréales, s'il veut réaliser son objectif, qui est d'engraisser entre dix et quinze bêtes par an. ' Pour l'instant, je n'ai de débouchés en bio que pour les animaux destinés à la boucherie. En 2000, j'ai vendu sous label quatre velles de moins de six mois, huit veaux sous la mère et trois vaches. '
Dans le circuit conventionnel, il a commercialisé vingt-six broutards mâles de sept à huit mois et en vente directe, il a placé trois vaches, quatre velles et deux veaux sous la mère. ' J'ai commencé avec deux clientes qui en ont trouvé d'autres et j'ai constitué ainsi un petit réseau. ' Pour cette vente en circuit court, il utilise l'abattoir de Quillan, qui n'est qu'à 20 km, ainsi qu'un atelier en Cuma, installé à 2 km. La découpe est réalisée par un boucher salarié ; il ne lui reste plus qu'à mettre la viande en poches sous vide et à remplir les caissettes. ' L'ensemble de la prestation de service me revient à 6 F/kg de viande. '
Laurent prend les commandes avant d'abattre, il les prépare dans la semaine et les clientes, qui résident pour la plupart dans le département, n'ont plus qu'à venir les chercher. ' Pour les fidéliser, je dois tenir une qualité. C'est en vente directe que je fais la meilleure marge, mais c'est aussi là qu'il y a le plus de travail. Je compte conserver ce débouché en parallèle au bio, et le développer lorsque ma femme Brigitte me rejoindra. '
Sur l'exploitation, il y a du travail pour deux et du revenu pour un. Pour l'instant, Laurent bénéficie de l'aide de ses parents, mais il doit accroître rapidement son revenu pour faire vivre sa famille. Il produit déjà entre 10 et 15 t de pommes de terre, qu'il vend en direct à 3 F/kg, ainsi que du blé panifiable, qu'il valorise à 250 F/q, un prix élevé qui compense la faiblesse du rendement en bio. ' Je ne veux pas agrandir plus mon troupeau. Je préfère bien le gérer et travailler à améliorer mes marges, en diversifiant mes produits et mes débouchés. '






Frédérique Ehrhard


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