Publié le vendredi 12 novembre 2004
Agriculteurs allemands, autrichiens et danois sont nombreux à profiter de la valorisation énergétique de leurs déchets. En France, le démarrage est plus timide, faute de subventions.
Une vache, c'est un potentiel annuel de 360 m³ de biogaz soit l'équivalent de 290 litres de pétrole, résume Ekkehard Schneider, ingénieur allemand spécialisé dans l'installation d'unités de méthanisation à la ferme. En Allemagne, plus de 1 500 agriculteurs ont su saisir cette opportunité de transformer leurs effluents d'élevage pour vendre de l'électricité et de la chaleur. ' La plupart des éleveurs allemands mélangent leur lisier avec de la paille, de l'herbe ou des déchets d'industries agroalimentaires afin d'accélérer le processus de méthanisation et d'augmenter le volume de production du méthane.' Même si le nombre d'exploitations productrices d'énergie paraît important, il faut savoir que l'agriculture ne fournit que 0,2 % de l'électricité consommée par les Allemands, tempère Bernd Geisen du BBE, le bureau fédéral des bioénergies. Notre objectif est d'encourager l'installation d'au moins 4 000 nouveaux digesteurs d'ici 2010. ' Pour cela, le gouvernement allemand dispose d'une arme d'incitation massive : le prix garanti. L'électricité produite dans les méthaniseurs est actuellement payée 10 centimes d'euros/kWh, ce qui permet de rentabiliser l'installation en cinq ou six ans. ' Un groupement d'éleveurs hors sol qui possède 800 places de porcs et 400 poules pondeuses peut vendre chaque année 240 000 kWh d'électricité ce qui lui procure un revenu de 24 000 € pour une installation qui coûte 128 000 €, résume Ekkehard Schneider. Et il faut aussi rappeler que toute cette production d'énergie est générée à partir de déchets encombrants dont on se débarrasse généralement à perte. Il n'y a donc pas de coût pour les intrants. ' C'est justement la nécessité de se débarrasser des effluents d'élevage qui a poussé le Danemark à se doter de la plus importante capacité mondiale de méthanisation. ' Le pays croule chaque année sous plus de 40 millions de tonnes de lisier, constate Johannes Christensen du ministère de l'agriculture Danois. Comme le Danemark n'a pas d'énergie fossile, l'idée de la méthanisation s'est naturellement imposée. Aujourd'hui, 50 % de notre électricité provient de cette transformation des effluents d'élevage. ' Le gouvernement subventionne près de 17 % de l'installation, accorde des prêts à taux bonifié et propose également un prix minimum de rachat aux agriculteurs, 7 centimes d'€/kWh en 2004. Le troisième poids lourd de la méthanisation à la ferme est l'Autriche qui produit 1 552 GWh à partir de ses effluents d'élevage. Le prix minimum garanti de 16 centimes d'€/kWh explique en grande partie la construction récente de 80 digesteurs. ' Une situation si avantageuse que quelques agriculteurs se sont lancés dans l'élevage porcin uniquement pour profiter de cette manne financière, constate Karl Tötter, président d'un groupement de producteurs de biogaz en Autriche. C'est un effet pervers car il ne faut pas oublier que la méthanisation produit un digestat qu'il faut épandre au même titre que du lisier. Cependant, cette attitude est révélatrice des conditions avantageuses de la production d'électricité. ' De son côté, la France fait pâle figure avec une seule installation à la ferme, opérationnelle en Meurthe-et-Moselle et quelques plates-formes d'essai pilotées par les instituts techniques.Pourtant, l'Hexagone possède le plus important potentiel de biogaz agricole d'Europe. ' Avec ses 19,5 millions de tonnes de lisier, 2,5 millions de tonnes de fumier et 35 millions de tonnes de résidus, l'agriculture française pourrait fournir 18 millions de tonnes équivalent pétrole par an, soit l'équivalent de la consommation nationale de gaz naturel ', explique-t-on chez Solagro. La méthanisation n'est pourtant pas inconnue puisque près de 200 000 tep sont produites de cette manière avec des déchets d'origine industrielle et des boues de station d'épuration. Les effluents agricoles ne représentent que 0,1 % des déchets méthanisés dans l'Hexagone. Pour l'association bretonne de développement Aile, l'agriculture française a intérêt à se positionner rapidement dans ce créneau et à montrer qu'elle peut être un partenaire de poids pour atteindre l'objectif de 600 000 tep en 2010 du plan Etat-Ademe. Pourtant, les freins sont nombreux, à commencer par le faible prix garanti. Ainsi EDF, qui est obligée de racheter l'électricité produite par les éleveurs, les rémunère 4,6 centimes d'€/kWh. Un tarif qui ne permet pas de rentabiliser l'installation avant au moins 8 ans. Pour les éleveurs français, le véritable déclenchement viendra d'un prix minimum plus attractif, situé autour de 7 centimes d'€/kWh. ' Cette solution loin d'être utopique lorsque l'on sait que le transport de l'électricité d'origine fossile et nucléaire dans les zones rurales double le coût réel de sa distribution par rapport aux zones urbaines ', estime Bernd Geisen.
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