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La France Agricole numéro 3051

L'assurance verse

Publié le vendredi 24 septembre 2004

Malgré un potentiel de rendement moindre, Michel Hiron s'est converti au colza demi-nain pour faire face aux problèmes de verse générés par l'apport de fumier.

Voilà quatre ans que le colza demi-nain a élu domicile sur l'exploitation de Michel Hiron, à Saint-Aubin-du-Désert, dans le nord de la Mayenne. Ce polyculteur-éleveur fait partie des pionniers qui ont choisi de cultiver Lutin, première variété naine disponible en France dès sa mise sur le marché malgré son rendement à la traîne, principal point faible de cet hybride qui culmine à 1,30 m.
Jusqu'à cette année, les variétés venues épauler Lutin au catalogue n'ont pas comblé ce déficit. La récente inscription de Bel Canto, avec une productivité égalant celle des témoins, pourrait bien changer la donne.
Comme pour la plupart des aficionados du colza demi-nain, il s'agissait pour Michel Hiron de mettre un terme aux récoltes laborieuses sur ses parcelles fertilisées à l'aide de fumier. ' Avec les variétés classiques, le colza atteignait fréquemment 1,80 m malgré un raccourcisseur, explique l'exploitant. J'ai même vu du colza qui voulait monter dans la cabine à la récolte. '
Cette végétation luxuriante, dopée à l'azote organique, difficile à maîtriser, se couchait partiellement, transformant la moisson en parcours du combattant. Lutin, lui, se bat ' comme du blé ', sans le moindre raccourcisseur. ' Je gagne une demi-heure à l'hectare par rapport à une parcelle touchée par la verse ', estime Michel Hiron. Après une année de test, Lutin a colonisé la dizaine d'hectares de colza du Mayennais.

Mais la résistance à la verse n'est pas le seul atout que confère leur taille aux variétés demi-naines. Michel apprécie la facilité d'application des traitements au printemps. ' On hésite moins à passer, affirme l'agriculteur. Il est plus facile de se diriger. Le produit est épandu plus régulièrement et l'on ne risque pas de tout casser sur le passage des roues. ' Selon Michel Hiron, ' la préservation des plantes sur le passage du tracteur compense à elle seule les 10 % de rendement en moins ', sans compter l'économie du régulateur.
Partir avec un potentiel de rendement inférieur aux étalons ne l'a d'ailleurs pas effrayé. Dans ce secteur, le sol ne permet que rarement au colza de franchir les 35 q/ha.
Si la protection fongicide et insecticide des demi-nains ne diffère pas des colzas traditionnels, l'implantation doit être particulièrement soignée. En redémarrant lentement au printemps, Lutin s'expose en effet à la concurrence des adventices. L'objectif est donc d'obtenir une couverture homogène du sol avant l'hiver, afin de ne pas laisser le champ libre aux mauvaises herbes. Michel Hiron majore la densité de semis (60 pieds/m² contre 45 habituellement pour les autres hybrides) et est sans pitié pour les limaces. La pulvérisation intervient une première fois pour un désherbage en pré-levée, lorsque l'humidité du sol s'y prête, puis à l'automne contre les graminées.
Jusqu'à maintenant, Lutin a donné satisfaction, avec 28 q/ha en 2004. Cette année, l'ancêtre des demi-nains a laissé la place à la nouvelle génération. Bel Canto a ainsi pris la relève sur l'exploitation de Michel Hiron, pour quelques quintaux de plus.



GABRIEL OMNÈS


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