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La France Agricole numéro 3044

Faire revivre la culture de la guède

Publié le vendredi 30 juillet 2004

Jean-François Mortier envisage de créer dans la Somme une filière de production de pigments issus de plantes tinctoriales.

Ce qui était plutôt une curiosité au départ est devenu une passion. Depuis cinq ans, Jean-François Mortier, céréalier sur 140 hectares à Méharicourt (Somme), s'intéresse de près à la guède, cette plante tinctoriale appelée également pastel qui fit jadis la richesse d'Amiens et de sa région pour la couleur bleue (indigo) qu'elle fournissait aux maîtres teinturiers.
Les fleurs de la guède ( Isatis tinctoria), crucifère bisannuelle, sont jaunes, mais c'est de ses feuilles que le pigment bleu est extrait. Jean-François Mortier s'est procuré ses premières graines auprès du Conservatoire national des plantes médicinales et aromatiques. Il les a ensuite multipliées, pour arriver aujourd'hui à quatre hectares de plantation. Il multiplie également une guède sauvage découverte à la citadelle d'Amiens.

Son objectif : créer une filière locale de production de colorants végétaux. Ses clients potentiels : teinturiers et industriels. ' C'est un projet avant tout agricole. J'ai associé sept autres exploitants à ma démarche, pour ne pas travailler en monde fermé. Nous cultivons 6,5 ha de guède. '
Jean-François Mortier se veut toutefois prudent. ' La guède pousse mais il faut maîtriser son implantation ', commente-t-il. L'agriculteur s'attache à optimiser l'itinéraire cultural. Elle est semée en février-mars, au semoir de précision (densité de 5-6 kg/ha), en non-labour. La récolte des feuilles, avec une machine bricolée pour cet usage, intervient à partir du 15 juin, une fois par mois jusqu'au 15 octobre environ.
Cette année, il a rencontré des problèmes de levée, la canicule de 2003 ayant altéré la qualité de la guède. Il a donc sollicité la société Labosem pour décortiquer les graines, dans l'espoir d'un meilleur résultat. Le ressemis a eu lieu début juin, la première coupe des feuilles ne commencera pas avant le 10 août. Quarante unités d'azote sont apportées sur la culture, et le désherbage est mécanique. Pour concrétiser son projet, Jean-François Mortier a notamment contacté un laboratoire de chimie régional, un teinturier amiénois (Etablissements Benoit) et le responsable du programme européen Spindigo. Il a même ouvert un atelier pilote de production de colorant où il réalise ses extractions et procède à de multiples essais. En espérant trouver très vite un client. ' Il faudra avoir suffisamment de semences et mettre les bouchées doubles pour développer la filière. ' Ce passionné compte élargir sa palette : il cultive depuis un an 1,5 ha de garance ( Rubia tinctorum ), dont la racine fournit un pigment rouge. A cela, s'ajoutent 75 ares de gaude ( Reseda luteola), pour le jaune, en attendant d'autres essais de plantes.




ISABELLE ESCOFFIER


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