Publié le vendredi 02 avril 2004
Dans la station alpine, le syndicat majoritaire a lancé son chantier de rénovation.
Confrontée à un monde agricole déboussolé par les réformes et secouée par les affaires judiciaires, la FNSEA est condamnée à bouger. C'est ce que semblent avoir compris ses dirigeants décidés à ouvrir le chantier de sa refondation et à aborder des sujets jusqu'à présent tabous. Mais entre toilettage de façade et rénovation en profondeur, jusqu'où aller dans le grand ménage ? C'est la question que devaient finalement trancher les militants réunis en congrès dans la station alpine du Grand-Bornand (Haute-Savoie) du 30 mars au 1 er avril.Dans son rapport d'orientation ' Quel syndicalisme demain ? ', la FNSEA apporte certaines réponses sur la réorientation de son action et sur l'incompatibilité des engagements syndicaux avec certains mandats politiques (régionaux et nationaux). Mais d'autres sujets très sensibles comme le pluralisme syndical ou le financement du syndicalisme n'ont pu aboutir à un consensus avant le congrès. Ces thèmes ont été débattus à huis clos mardi, puis en séance plénière le lendemain. Si en coulisses, des rénovateurs seraient prêts à accueillir les syndicats minoritaires dans les interprofessions, moyennant une adaptation des règles de décision, ce courant n'est pas ressorti. Un amendement a renvoyé le débat aux règles juridiques de la représentativité. L'opinion qui reste dominante est que le partage du pouvoir ne pourrait qu'aboutir à un blocage de ces organisations. ' On ne peut pas cracher dans la soupe en permanence et vouloir être 'chef cuistot' ', souligne un président de FRSEA, faisant allusion à la Coordination rurale. La FNSEA constate que le temps des manifestations de masse est révolu et que l'écoute du pouvoir n'est plus ce qu'elle a été. Selon le syndicat, les hommes politiques de tous bords n'ont en effet qu'une idée en tête : dégager l'économie agricole de l'intervention publique. ' Il faut changer nos méthodes d'action, lit-on dans le rapport d'orientation. Nous y aurons bien plus à gagner qu'en allant secouer les grilles des préfectures. ' Le syndicat prône une sorte de troisième voie, mêlant actions de défense de la profession et lobbying. Il place la communication en bonne place de ses priorités. ' Notre efficacité dépendra de notre capacité à mobiliser en notre faveur l'opinion publique. [...] Il faut en même temps toucher la tête et le coeur. ' La FNSEA souhaite s'ouvrir à de nouveaux membres, comme les propriétaires ruraux, ' nos alliés naturels ', les pluriactifs ' sans les traiter en adhérents de seconde zone ', les professionnels de l'environnement et des paysages ou d'autres forces sociales. ' Nous n'avons pas vocation à devenir la section agricole du Medef ', souligne le rapport d'orientation.
PHILIPPE PAVARD
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