Publié le vendredi 26 mars 2004
Conçues pour sensibiliser les exploitants non chasseurs à la jachère faune sauvage tout en colorant le paysage, les jachères fleuries gagnent du terrain.
C'est plus beau l'été. ' Sous le soleil de mars, Guy Pindon observe la bande de tiges desséchées, large de quelques mètres, qui serpente entre la parcelle et la route. Le technicien de la Fédération des chasseurs du Loir-et-Cher s'excuse presque de ne pouvoir montrer cette jachère fleurie dans son faste estival. ' Mais jusqu'à son broyage, elle joue encore un rôle d'abri important pour le gibier ', affirme-t-il.L'intérêt de ces jachères est en effet de préserver la faune et d'embellir le paysage. Semé en avril dernier avec un mélange de plantes à fleurs, le bord de champ a attiré l'oeil des promeneurs, qui ont pu se constituer des bouquets. Depuis leur lancement confidentiel en 2000 dans le Loir-et-Cher, les jachères fleuries ont rencontré un franc succès. ' L'objectif était de sensibiliser les agriculteurs non chasseurs à la jachère faune sauvage, pour protéger le gibier. Alors pourquoi pas les fleurs ? ' La première difficulté fut de mettre agriculteurs, chasseurs, écologistes autour de la table pour surmonter les clivages. Avec 40 ha en 2004 pour le seul Loir-et-Cher, soit une centaine d'exploitants, ce ' pari utopique ' est en passe d'être gagné. Des études viennent conforter ce bilan positif : elles montrent qu'insectes, fleurs messicoles rares et passereaux colonisent les parcelles de fleurs. Refusant le terme de pionnier - ' la Picardie avait déjà fait une tentative avortée que nous ignorions ', Guy Pindon endosse volontiers le costume de défricheur. ' Nous avons testé des mélanges avec un semencier. Nous avons retenu des associations à base de centaurées, de cosmos ou de soucis. Elles poussent sur des sols pauvres, ont un aspect naturel et fleurissent longtemps. ' A moindre coût. Les semences sont fournies gratuitement par la fédération des chasseurs, ainsi que les désherbants appliqués au semis. ' Il faut signer un contrat jachère faune sauvage, précise Guy Pindon. Nous nous réservons le droit de refuser, en fonction de l'emplacement. Nous voulons constituer une mosaïque de petites parcelles bien visibles, pas avoir des milliers d'hectares. ' La parcelle fleurie, parfois accolée à une jachère faune sauvage traditionnelle si sa largeur est inférieure à 10 m, doit rester en place au moins jusqu'en mars. Le broyage est interdit. Alors que d'autres départements emboîtent le pas, Guy Pindon, lui, est parti à la recherche de nouveaux partenariats. La fleur au fusil.ENTRETIEN : peu d'interventionsAu semis, un désherbage microdosé avec un produit autorisé est indispensable pour prendre les adventices de vitesse. Ensuite, plus aucune intervention n'est nécessaire. Les observations ont écarté le risque de salissement de la parcelle ou des champs voisins.
GABRIEL OMNÈS
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