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La France Agricole numéro 2885

Limiter l'érosion à tout prix

Publié le vendredi 04 mai 2001

Les fortes précipitations de cet hiver et du printemps ont incité Bruno Ouvry à renforcer la lutte anti-érosion sur son exploitation.

Bruno Ouvry, agriculteur sur la commune de Gaillarde (Seine-Maritime) met tout en oeuvre pour limiter la fuite de ses sols. Les problèmes de battance sont très préoccupants sur son exploitation de 240 hectares où prédominent des limons à moins de 15 % d'argile et 1,2 % de matière organique. De plus, son assolement est composé à 60 % de culture de printemps (betterave, pomme de terre, lin, et carotte). ' Ces plantes sarclées, pour la plupart, nécessitent un lit de semence de terre fine, très sensible à la battance dès les premières pluies, explique Bruno Ouvry. Une fois le sol fermé, l'eau ruisselle, entraînant avec elle tous les éléments les plus fins. '
Le 4 juillet 1994, un violent orage s'est abattu sur une parcelle de lin en andains. ' En deux heures, 54 mm d'eau ont emporté le lin et des tonnes de boues sur le bas de ma parcelle, se souvient-il. Après avoir perdu le tiers de ma récolte, j'ai pris conscience qu'il fallait limiter le ruissellement. La terre coûte trop cher pour la laisser partir avec l'eau ! ' Avec l'aide technique de l'Aréas (Association régionale pour l'étude et l'amélioration des sols), il a déposé une demande dans le cadre des mesures agri-environnementales (MAE). ' Sur toutes mes parcelles à risque, j'ai semé des bandes de ray-grass dans les endroits où sont généralement situées les ravines, explique Bruno Ouvry. Ces bandes n'étant pas considérées comme jachère, les MAE m'ont permis de percevoir une aide de 3 000 F/ha pendant cinq ans. '

Très satisfait du résultat, l'agriculteur a opéré de la même manière sur la totalité de ses jachères en implantant aussi du ray-grass dans les endroits où l'eau ravine naturellement. ' On n'empêchera pas l'eau de couler mais on peut toujours tenter de retenir nos terres ', dit Bruno Ouvry.
Toujours dans la même optique, il coupe ses grandes parcelles en deux. Il n'implante les pommes de terre et les betteraves que sur l'une des moitiés de chacune d'entre elles. L'autre partie est semée avec des cultures d'hiver. Il évite ainsi d'exposer à l'érosion de trop grandes surfaces nues lors des semis de printemps. Toutes les fourrières de ces parcelles sont aussi semées en ray-grass. Cette solution lui permet de manoeuvrer plusieurs fois au même endroit sans créer de bourbier.
Pour parfaire le dispositif, Bruno Ouvry implante l'ensemble de ses cultures perpendiculairement au sens naturel de la pente.
' Après la moisson, je n'effectue aucun travail du sol afin de conserver le plus longtemps possible une bonne stabilité structurale, explique-t-il. Je les laboure juste avant les semis de printemps. Sur certaines de mes parcelles, je sème une moutarde en interculture. ' Il n'a pas encore trouvé de solution pour les derniers arrachages de betteraves. Les sols matraqués restent nus tout l'hiver jusqu'à l'implantation des pommes de terre en avril.
Le recours au non-labour a été envisagé pour être encore plus performant face à l'érosion mais il lui paraît difficilement applicable sur les cultures de son exploitation.


Eric Victor


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