Publié le vendredi 04 mai 2001
L'Itcf a comparé les coûts de production du blé en F/q chez des céréaliers des cinq grands pays exportateurs
' Nous avons enquêté des groupes de 15 à 20 agriculteurs d'Argentine, d'Australie, du Canada et des Etats Unis afin de recueillir toutes les informations pour calculer leur coût de production en blé en F/q, explique Guy Lemaître qui a coordonné les travaux pour l'ITCF. Cela donne un indicateur de la compétitivité du blé dans ces pays concurrents de l'Europe, et surtout de la France sur les marchés internationaux. Les valeurs obtenues ne reflètent pas les moyennes nationales, car nous avons sélectionné des producteurs performants aujourd'hui et qui certainement seront présents dans dix ans. De plus, ils sont tous situés dans une zone où la production de blé est l'activité principale '. Les résultats sont comparés à ceux d'un groupe d'agriculteurs français ' performants '. Ce groupe est en effet issu d'un échantillon de 6400 céréaliers, régulièrement suivi par Céréaliers de France, sur lequel n'ont été gardés que les 20 % présentant les plus faibles coûts de production.L'enquête de l'ITCF a permis de décomposer les coûts de production selon cinq postes. Le montant des intrants par quintal (charges opérationnelles) est plus élevé en France. Le rendement obtenu est cependant très différent : 83 q/ha d'un coté, contre seulement 25 à 35 q/ha pour les quatre autres pays. Le couple mécanisation et main d'œuvre présente aussi des différences importantes. Aux USA et au Canada, la forte contrainte climatique, au moment des semis notamment, ainsi qu'une productivité du travail élevée se traduisent par des équipements puissants et très larges. En France, ce poste est important car la surface travaillée par la main d'œuvre et le matériel est plus faible. A cela s'ajoute le coût annuel par actif le plus élevé des cinq pays. Par contre, pour le fermage, les français sont mieux placés que leurs homologues américains ou argentins chez qui la location peut atteindre 4 à 7 % de la valeur des terres. ' Les producteurs français peuvent certainement améliorer certains points, ajoute Guy Lemaitre. C'est à notre avis sur le couple mécanisation et main d'oeuvre qu'il y a le plus d'économies à réaliser '. L'ITCF utilise à un indicateur traduisant la productivité du travail. Il se calcule pour chaque exploitation ' Scop ' en multipliant la surface totale par le rendement moyen en blé, et en divisant le tout par le nombre d'UTH actif. L'échantillon français est ici le moins bien placé avec 10 375 q/UTH, alors que les autres sont entre 13 000 et 20 000 q/UTH. ' En France, sur l'ensemble des producteurs, on observe une forte disparité, allant de 6 000 à 18 000 q/UTH, précise Guy Lemaitre. Nous estimons la moyenne autour de 8000 q/UTH. C'est un indicateur de performance intéressant, car dans les exploitations où il est élevé, le coût de production au quintal est souvent plus faible qu'ailleurs. Le rendement joue évidemment, mais les différences s'expliquent également par l'organisation du travail. Un point difficile à optimiser en France en raison de la taille ' modeste ' des exploitations comparée à celles de nos concurrents : chez eux, les économies d'échelle ont déjà fonctionné '. En réponse à ces propos, les agriculteurs ne voient parfois pas d'autres alternatives que l'agrandissement de leur SAU pour réduire leur coût de production. Guy Lemaitre préconise plutôt de grandes ' unités de production ', c'est à dire une surface travaillée importantes avec des moyens matériels et humains communs. ' Nos observations sur des exploitations ayant regroupé leur assolement avec une organisation du travail commune montrent un gain de marge nette d'environ 500 F/ha, principalement par des économies de mécanisation. Cette solution permet de garder le même nombre d'actifs.
Denis Lehé
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