Publié le vendredi 09 janvier 2004
Alain Poujol et Arnaud Boyer engraissent des taurillons dans l'Aveyron. La mise aux normes des bâtiments pourrait remettre en cause leur stratégie.
Je crois au progrès des hommes. Découvrir quelqu'un et échanger sur un projet, construire ensemble, c'est déjà un facteur de progrès. ' Lorsqu'ils ont créé le Gaec en 2001, Alain Poujol et Arnaud Boyer étaient installés depuis 15 ans dans le Ségala, à la limite du Tarn et de l'Aveyron. Ils produisaient des bovins limousins en race pure et travaillaient ensemble dans le cadre de leur Cuma. Ils ont donc regroupé deux exploitations, l'une de 80 ha de SAU et 52 droits à PMTVA et l'autre de 45 ha et 40 droits à PMTVA. Après la reprise d'une exploitation en fermage, ils disposent d'une SAU de 185 ha et d'un troupeau de 113 mères. ' La création du Gaec et le passage au réel nous poussent à développer l'exploitation et à sélectionner les activités les plus rentables. Dans le cadre des prix et des primes actuels, nous avons décidé de supprimer la production de broutards légers ', explique Alain Poujol.Le Gaec produit donc des taurillons finis de moins d'un an engraissés jusqu'à 480 à 500 kg vifs selon le système élaboré par Alain depuis son installation. Quant aux vaches de réforme, elles sont engraissées et vendues à 460 kg de carcasse sous le label rouge limousin ' Blason prestige '. ' Avec la PSBM, un mâle de 11 mois bien fini vaut autant qu'une vache de réforme non primée de quatre ans. Nous mettons à profit la qualité de la génétique que nous offre le schéma de sélection ', confie Alain Poujol. Il s'appuie sur une insémination artificielle intégrale utilisant des taureaux sélectionnés sur la production de viande et sur les qualités maternelles pour obtenir une excellente croissance des mâles. Le vêlage principal a lieu au printemps et les veaux sont mis à l'engraissement à l'étable et nourris avec un aliment complet à partir de cinq mois. Le reste du troupeau est au pâturage pratiquement toute l'année. Les mères de veaux mâles sont en hivernage à proximité de la ferme tandis que toutes les génisses restent au pré. ' Rentrer une génisse, c'est perdre de l'argent. Une génisse ne doit pas me coûter plus de 305 €/an en frais d'élevage ', calcule Alain Poujol. Les femelles reçoivent un complément de céréales avant la mise à la reproduction et pendant l'allaitement. ' En vendant les céréales et en achetant l'aliment complet, on ne paie finalement que pour le service de fabrication des granulés et pour la partie protéique de l'aliment, explique Arnaud Boyer. En année normale, les cultures de céréales permettent à l'exploitation d'être autonome en énergie. ' Le niveau d'investissement dans le foncier ou les bâtiments est faible. ' L'outil principal est le troupeau et il n'est pas amortissable ', résume Alain Poujol. Compte tenu d'une activité d'entreprise de battage et de la production de semences de maïs et de blé, le Gaec a dégagé un résultat courant de plus de 93 500 € en 2002. Mais, ces dernières années, la plus grande partie a été réinvestie dans le développement de l'exploitation, pour augmenter le fonds de roulement du Gaec et le capital social dans la Cuma. Et la rémunération des associés est restée modérée, de l'ordre de 1 000 € par mois alors que leur objectif serait au moins du double. ' L'exploitation est rentable mais nous n'avons pas fini de la restructurer au niveau du troupeau, de la mise à niveau du drainage et de la fertilisation... La constitution d'un Gaec ne génère pas immédiatement des économies. Il faut attendre une période transitoire de 3 ou 5 ans ', estime Alain. Aujourd'hui les contraintes de qualification et de mise aux normes remettent en cause les orientations du groupement. Situés en zone vulnérable, les bâtiments ne sont pas aux normes. Les associés imaginent mal comment ils pourront répondre aux exigences d'une qualification avec un système de plein air. ' Chez nous les charges vétérinaires sont faibles, 2 700 euros de produits vétérinaires et autant pour la prophylaxie, soit 26 euros/UGB. Associé à un taux de mortalité faible, de 3 %, ce critère est le meilleur indicateur du bien être animal ', affirme Alain Poujol. Quand à la mise aux normes, les exploitants ont chiffré un investissement de 75 000 euros qu'ils ne trouvent pas justifié. ' Faut-il arrêter d'engraisser des mâles ? Cela remettrait en cause notre stratégie de valorisation d'une génétique de pointe. Faut-il s'associer avec des exploitations qui feraient l'engraissement, en Espagne par exemple ? Je ne sais pas. Mais il est sûr qu'avec de telles questions, nous ne sommes pas opposés à un découplage total pour la production de bovins mâles ', conclut Alain Poujol.
DENISE MARTY
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