Publié le vendredi 12 janvier 2001
Le projet de loi sur l'eau pourrait mettre en péril le réseau d'irrigation gravitaire du sud de la France. Or, les avantages de ce mode d'irrigation ont été démontrés ces dernières années.
Sans ses canaux d'irrigation, la Provence verte n'existerait pas, ce serait un véritable désert ', lance Yvon Sarnette, président du canal Saint-Julien, à Cavaillon. Absentes du paysage, les prairies de la plaine de Crau, les terres maraîchères de la plaine de basse Durance, bastion du ' melon de Cavaillon ', mais aussi les espaces verts en zones montagneuses. Dans cette région, soumise à l'influence du climat méditerranéen, sec et aride en été, l'eau et la maîtrise des flux ont toujours constitué un enjeu majeur. Des canaux, dont la construction remonte à plusieurs siècles, ont donc été creusés dans le but de domestiquer les eaux du Rhône et de la Durance.Le projet de loi sur l'eau qui prévoit, entre autres, un taux de redevance de 3 à 5 centimes par m³ consommé risque de remettre en cause l'existence de ce système d'irrigation réputé fortement consommateur d'eau. ' Il est vrai que l'irrigation gravitaire prélève d'importantes quantités d'eau au milieu. Mais comme l'ont démontré les études financées par l'Agence de l'eau Rhône-Méditerrannée-Corse, la majeure partie des prélèvements est directement restituée à la nappe ', explique Max Lefèvre, chef du service juridique à la chambre d'agriculture des Bouches-du-Rhône. L'actuel mode de calcul de la redevance, établi dans le cadre du septième programme de l'Agence de l'eau, a l'avantage de prendre en compte cette restitution au milieu. Une refonte de ce mode de calcul pourrait déstabiliser le budget, voire condamner le fonctionnement de certaines ASA (associations syndicales autorisées), particulièrement en zone de montagne. Créées par les agriculteurs au moment de la mise en place des canaux, ces associations assument la gestion, l'entretien et la modernisation des canaux. Leur existence se trouve d'autant plus en péril qu'avec la déprise agricole, leurs recettes issues des taxes d'irrigation diminuent. En décembre dernier, une délégation d'une quinzaine de professionnels de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur et du Languedoc-Roussillon se sont rendus à l'Assemblée nationale où était discuté le projet de loi sur l'eau. Objectif : sensibiliser les députés de la commission eau aux spécificités de l'irrigation gravitaire. Car si ce mode d'irrigation est le plus répandu dans le monde (plus de 80 % des surfaces), il représente moins de 20 % des surfaces en France, ce qui explique que ces particularités soient méconnues.
Chantal Sarrazin
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