Publié le vendredi 07 novembre 2003
Gros employeurs, les producteurs de tabac défendent leur rôle dans le maintien d'une campagne vivante.
Avec une majorité de pays-membres non producteurs et un climat très ' anti-tabagique ', Bruxelles aurait pu espérer réformer en paix l'organisation commune de marché (OCM) tabac. A voir la levée de boucliers dans les pays producteurs, c'est raté. ' Ces propositions reviennent à démanteler à très court terme une filière qui, en Europe, représente 110 000 familles d'agriculteurs et emploie 400 000 saisonniers ', ont fait savoir les planteurs européens de tabac de l'Unitab. Ces derniers soutenant aussi que ' l'amalgame permanent entre la production européenne et la consommation de tabac est hypocrite et malhonnête '. L'Europe fournit en effet 5 % du marché mondial et importe plus de 70 % de ses besoins. Toute hypocrite qu'elle soit, la proposition de Bruxelles est très tactique. Pas question d'interdire la culture du tabac. L'Union européenne propose de découpler totalement les aides de la production. ' Quel intérêt aurait alors un producteur moyen à continuer ? ', s'interroge François Vedel, directeur de la Fédération nationale des producteurs de tabac. ' En deçà de dix tonnes, à partir de 2005, il est assuré, sans produire, de toucher 100 % puis 80 % de la moyenne des primes allouées en 2001-2002 (7 800 euros par ha). Avec une activité qui exige entre 700 et 1 200 heures de travail à l'hectare lorsqu'il en faut 10 pour la même surface de céréales, le calcul est vite fait ', insiste-t-il. Avec le risque que les tabaculteurs restants ne représentent même plus un volume crédible pour le marché. Sans parler des problèmes liés à la reconversion des 5 000 producteurs âgés en moyenne de 44 ans. Les alternatives possibles (fruits et légumes ou productions hors-sol) connaissent aussi des difficultés. ' Et en ce qui concerne les fonds alloués à la restructuration, la proposition est vraiment floue ', prévient François Vedel.Pour se défendre, les planteurs ont décidé de ne parler ni d'eux, ni de santé. Si un hectare de tabac génère quatre emplois saisonniers, les producteurs assurent le maintien du tissu rural. ' Avec ses 15 000 actifs répartis entre la production et la transformation, le secteur du tabac répond au développement durable ', clame François Vedel. Et d'ajouter : ' Qu'est ce que le développement durable, sinon une petite agriculture employeuse de main-d'oeuvre. ' ' Ramenées à l'hectare, les aides semblent énormes, reprend le responsable. Pourtant, à l'heure de travail, le tabac est moins subventionné que d'autres cultures. Et ces aides ont permis de fixer des populations dans des zones pauvres en emplois. ' Les producteurs bénéficient ainsi du soutien de nombreux élus. ' Passé le front du refus, il va falloir faire des contre-propositions ', enchaîne François Vedel. Certains pays producteurs sont favorables à un découplage partiel incitatif (40-60) sur le modèle de ce qui a été fait pour la fécule de pommes de terre. Bruxelles avait alors voulu défendre la filière de transformation. ' Nous préférerions nous inspirer des propositions faites aux autres productions méditerranéennes, nuance François Vedel, avec un découplage sur une partie des aides et surtout une enveloppe de subsidiarité directement gérée par l'Etat-membre. ' Soucieux de ne pas relâcher la pression, les producteurs européens manifesteront le 17 novembre à Bruxelles. Le tabac sera en effet au menu du conseil des ministres ce jour-là . Les propositions définitives de la Commission seraient connues juste après. Il est prévu que la décision finale intervienne en 2004. Le commissaire Fischler aurait déjà fait savoir qu'en l'absence de décision fin 2004, Bruxelles couperait les vivres aux tabaculteurs.UN COMPLÉMENT1 à 2 ha de tabac (environ 2,7 tonnes/ha) génèrent 30 à 70 % du revenu total.
AUDE FERNANDEZ
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