Publié le vendredi 17 octobre 2003
Agriculteur et salarié agricole, Pierre utilise la rémunération du travail fourni sur son exploitation pour se constituer un capital propre. 60 ha de céréales et de betteraves suffisent à peine pour régler les annuités et renouveler le parc matériel.
Pauline et Raymond vivaient correctement de leur travail sur l'exploitation de 60 hectares de céréales, de pois et de betteraves jusqu'en 1993. Depuis, l'excédent brut d'exploitation (EBE) n'est pas suffisant pour que Pierre, leur fils dégage, un revenu et rembourse les prêts qu'il a contractés pour financer l'achat de l'exploitation familiale et le renouvellement de son parc matériel. Aussi, il travaille comme salarié agricole pour une coopérative agricole locale et consacre ses soirées et week-ends à ses champs. ' Une telle organisation du travail reste viable parce que mes parents m'aident encore et que je suis célibataire ', explique Pierre. Mais mener de front deux activités le conduit à travailler jusqu'à 80 heures par semaine en période de pointe.Ses parents vivent mal la situation de leur fils. ' Lorsque nous étions sur l'exploitation, il suffisait de travailler pour dégager un revenu suffisant pour vivre, expliquent ils. On a l'impression que Pierre travaille sans avoir de résultat. ' Il est vrai que le contexte économique a bien changé ces dernières années. L'EBE de l'exploitation est par exemple passé de 30 000 euros sur la période 1993-1997 à 23 000 euros en moyenne depuis 1998. Cependant, dix ans après s'être installé, la situation financière satisfaisante de Pierre conforte le choix de la pluriactivité. Pierre n'a pas prélevé de revenu sur son exploitation mais il s'est constitué un capital. Il est parvenu à rembourser ses prêts JA souscrits pour reprendre l'exploitation (82 300 €). Il a aussi investi 70 000 € de matériels et a acheté pour 20 000 € de foncier. Au total, hors foncier, la valeur comptable de l'exploitation a progressé de 50 %. Pierre a aussi épargné une partie de ses revenus puisqu'en vivant chez ses parents, ses besoins personnels sont limités. Cette réussite repose cependant sur un prix de reprise de 1 050 € l'hectare, un ' prix d'ami ' qui correspond à une cession dans un cadre familial. ' Sans salaire extérieur, Pierre aurait prélevé au minimum 10 000 € par an pour subvenir à ses besoins, soit 100 000 € en 10 ans. Marié avec des enfants, ses besoins pourraient être évalués à 15 000 € par an soit sur la même période la totalité du prix de la ferme et des investissements réalisés ', analyse Alain Randon, conseiller en gestion à l'association SEF (Oise). ' Ce constat illustre bien les conséquences de l'évolution de la conjoncture économique de ces dix dernières années pour les exploitations de moyenne dimension. Les sommes que Pierre n'a pas prélevées sont autant de capitaux disponibles pour permettre à son exploitation de fonctionner ', ajoute-t-il. Tant que les comptes de l'exploitation ne sont pas dans le rouge, Pierre est prêt à rester pluriactif. ' Mais il n'est pas question que mes salaires soient réinvestis dans l'exploitation ', précise Pierre. La baisse de 20 % de l'excédent brut d'exploitation observée généralement pour les exploitations céréalières représente déjà une perte de 35 000 € sur cinq ans. Dans quelques années, Pierre ne devra plus compter que sur lui. S'il reprend 50 hectares supplémentaires pour être agriculteur à plein temps, il sait qu'il n'aura aucun revenu avant au moins quinze ans sur la moitié de son exploitation. Dans ces conditions, un retour sur investissements aussi important effraie forcément les candidats à la reprise. Certes, ceux qui se sont agrandis vers 1992-1993 durant la première réforme de la Pac s'en sont généralement assez bien sortis, mais compte tenu du montant des reprises et faute de lisibilité sur l'avenir, il convient de rester prudent. Chaque situation est particulière. L'autre solution serait peut-être de travailler à mi-temps pour se consacrer davantage à son exploitation. Cultiver 50 ha requiert aujourd'hui 650 heures de travail environ alors qu'à l'époque de ses parents, une telle exploitation occupait un agriculteur à plein temps.
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