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La France Agricole numéro 3000

IRLANDE ' En première ligne face aux importations '

Publié le vendredi 12 septembre 2003

Éleveur de bovins et d'ovins viande, John J. Mac Donald est dépendant des débouchés européens. Pour lui la réforme de la Pac est déjà une des conséquences redoutées de la libéralisation du commerce mondial.

Le renforcement du marché intérieur, c'est ce que la Commission de Bruxelles doit défendre lors des prochaines négociations de l'OMC à Cancun en septembre prochain. Sinon c'est la politique des prix bas qui va être appliquée. ' Telle est la position de John J. Mac Donald, éleveur de bovins et d'ovins viande sur 300 acres (120 ha) avec Katleen sa femme et Paul son fils, à Ballylinan, dans le comté de Kildare, après les accords de Luxembourg en juillet dernier.
Actuellement, les aides (50 000 €) représentent 80 % du revenu de son élevage. Avec le désengagement attendu de Bruxelles en matière de soutiens à l'agriculture, le revenu agricole de John et de ses associés dépendra à l'avenir du niveau des prix auxquels les animaux seront vendus. Or, sans le renforcement de la protection du marché intérieur, John ne voit pas comment ses produits pourront concurrencer les viandes bovines importées du Brésil et d'Argentine. Les éleveurs irlandais sont en effet fortement dépendants des débouchés sur l'Union européenne. John écoule ses agneaux sur le marché français. Pour la viande bovine, 50 % des taurillons sont vendus en Grande-Bretagne, 30 % sur le continent et 10 % à la Russie. Certes les coûts de production des agneaux irlandais (environ 3 € par kilo de carcasse chez John) et des taurillons sont inférieurs à ceux observés en France. Mais c'est sans prendre en compte le prix du transport (137 € par tonne d'agneau) pour acheminer les carcasses. Et ils demeurent en tout cas plus élevés que ceux auxquels les principaux pays tiers concurrents (Commonwealth, Argentine, Brésil) exportent leurs produits carnés sur le marché européen. John accepte par dépit la nouvelle réforme de la Pac. ' Pour l'Irlande, le découplage c'est la fin des petits agriculteurs et le développement d'une agriculture industrielle. Les politiques avaient dit qu'ils la réviseraient et non pas qu'ils la réformeraient entièrement. Mais quitte à découpler les aides, découplons-les totalement. ' John pense ainsi pouvoir retrouver davantage de liberté. Mais il ne croit pas que le volume d'aides sera maintenu jusqu'en 2013.

' Aucun accord de la sorte ne tient aussi longtemps. L'entrée des nouveaux candidats réduira la part des fonds européens dont a profité jusqu'à présent l'Irlande ', explique John. Pour lui, l'application de la modulation sera un premier signe avant-coureur. ' L'Irish Farmers Journal du 25 juillet 2003 écrit que le taux proposé était à l'origine de 1 %. Puis les ministres de l'agriculture se sont mis d'accord pour le fixer à 3 % pour 2005 et à 4 % pour 2006, s'exclame John. A partir de 2007, mes aides seront réduites de 5 % par rapport à leur niveau actuel jusqu'en 2013, mais qui dit que le taux ne sera pas au final plus élevé. Un taux de 5 % représente déjà une perte de revenu de 2 500 € par an. Les aides ne seront pas revalorisées d'ici 2013 alors que l'inflation, plus forte en Irlande que dans le reste de l'UE, réduira chaque année leur impact sur notre revenu. '

Avec l'Agenda 2000, John a déjà dû limiter sa production de taurillons afin que son chargement ne dépasse pas les normes dictées par Bruxelles pour recevoir les aides. Il en produit chaque année environ 150. Il achète les veaux à l'extérieur puisqu'il n'a que 25 vaches allaitantes primées de race simmental sur l'exploitation.
Paul, 22 ans, un des enfants de John et Kathleen s'est associé avec ses parents il y a un an. Il a son bac et a suivi une année d'études agricoles. Il s'inscrit ainsi dans la continuité d'une famille très entreprenante depuis trois générations. Thomas, son grand père, produisait déjà des moutons et des bovins viande. En 1959, l'exploitation reprise par John s'étendait sur 100 acres. Il l'a agrandie par étape en reprenant à bail ou en achetant des terres cédées par des voisins. John a pu ainsi profiter pleinement de l'opportunité que représentait l'entrée de l'Irlande dans l'UE en 1972. ' Elle avait été vécue comme un grand moment d'espoir. Les prix avaient augmenté et l'intervention avait permis de stabiliser leurs variations ', analyse John. ' Aujourd'hui, reprendre la ferme à 22 ans, c'est courageux, déclare John. Le métier d'agriculteur n'attire plus. Le revenu n'est plus assuré et la pénibilité du travail repousse de nombreux jeunes à s'installer. '
L'Irlande est le ' tigre de l'UE '. Le fossé entre les revenus agricoles et le reste de la population active se creuse d'année en année. Les jeunes irlandais, bien formés, trouvent des opportunités de travail très intéressantes. ' Or, avec le découplage, la modulation et l'inflation, la différence de revenu ne peut que s'accentuer ', prédit John. ' Le nombre de brebis primées a baissé de 25 % en 5 ans ', ajoute-t-il. En viande bovine et ovine, la tendance est à la pluriactivité. ' C'est ce qui sauvera le secteur car le jeune agriculteur qui s'installe peut aussi aller travailler à l'extérieur. En revanche, l'avenir du secteur laitier n'est pas assuré. '


L'EXPLOITATION
* Main-d'oeuvre : trois associés, un salarié
* Superficie 120 ha : 46 ha de prairies pâturées, 28ha ensilés, 40 ha céréales dont 6 ha autoconsommés, 6 ha betteraves fourragères.
* 35 vaches allaitantes (simmental), 250 taurillons (ventes de 150 par an), 270 brebis de race suffolk cross weis.
* Prix de vente : taurillon : 700 €, agneau : 85 €.
* Coût de production : taurillon : 550 €, agneau : 55 à 60 €.
* Aides Pac : 50 000 € (80 % du revenu).
* Revenu : 60 000 € à partager en trois + intéressement salarié.

LE PAYS
Superficie : 70 000 km²
3,7 millions d'habitants
Densité : 52 habitants/km²
Produit intérieur brut : 20 573 dollars/habitant (2000)
Agriculture : 3,2 % du PIB, 6,6 % de la population active.



FRÉDÉRIC HÉNIN, avec le concours de Lorraine Kelly.


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