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La France Agricole numéro 2883

Lin fibre : le point sur les traitements

Publié le vendredi 20 avril 2001

A l'heure où les premiers semis de lin fibre vont débuter, voici rappelées les règles fondamentales de la lutte contre les mauvaises herbes, les ravageurs et les carences en zinc de cette plante.


Le lin, peu couvrant durant les premières semaines de son cycle, est très sensible à la concurrence des adventices. La moindre tige de renouée ou de folle avoine dans les pailles peut entraîner un déclassement sans appel des matières. Car de nombreuses adventices sont elles aussi riches en fibres. Au même titre que le lin, elles subissent le teillage. Les fibres qui en sont extraites ont une composition différente des fibres de lin. En filature, elles ne fixent pas les couleurs de la même manière. Et le tissu est pollué irrémédiablement. Pour éviter que cela ne se produise, la protection herbicide du lin fibre implique une extrême attention ; le liniculteur se doit de prendre des décisions rapides prenant en compte la flore adventice, le stade du lin et les conditions de pulvérisation. A cette seule condition, il peut espérer récolter des matières de qualité, répondant aux exigences des teilleurs, des filateurs, des tisseurs et... des consommateurs !
Dès le semis... L'ITL (Institut technique du lin) prescrit un désherbage en prélevée. La meilleure efficacité est en général obtenue en associant Mikado (1 l/ha) et Seppic Lin (0,375 kg/ha). En situation très difficile (présence de renouées, de rumex...), il convient d'augmenter la dose de Mikado à 1,5 l/ha.
Au stade 1-2 cm...
Pour détruire les adventices jeunes (du stade cotylédons au stade 1 res feuilles) telles les crucifères, les matricaires ou les renouées, l'ITL prescrit, quand les températures sont supérieures à 12 °C et que l'hygrométrie est bonne, une application de Basagran SG (0,42 kg/ha) en association avec Emblem (0,80 kg/ha).
Au stade 3 cm...
En conditions non poussantes (températures inférieures à 15 °C et pluviométrie non excessive), l'ITL prescrit l'application de Spéléo. Ce dernier peut être appliqué en deux apports (12,5 g/ha au stade 3 cm puis, si nécessaire, 12,5 g/ha à 5-8 cm) ou en simple apport (20 à 25 g/ha au stade 5-8 cm) selon le développement des adventices. Des jaunissements furtifs et un ralentissement de la croissance du lin, comparables aux effets du Valinate, peuvent parfois être observés. Les essais que l'ITL mène depuis six ans ont permis de constater que de tels effets ne se manifestent qu'en conditions pluvieuses, sur des sols légers, mal structurés ou trop tassés.
Au stade 7-10 cm...
Lorsque les conditions climatiques sont défavorables (humidité excessive et températures élevées), l'application de certains herbicides (sulfonylurées) peut provoquer une interruption très marquée de la croissance des lins. Dans ces situations, l'ITL prescrit :
* l'association Basagran SG (0,8 à 1 kg/ha) + Emblem (1,5 kg/ha). Les traitements sont à effectuer le soir. Les doses sont à ajuster selon le stade du lin et les adventices présentes. L'expérience montre que les volumes de bouillie doivent être supérieurs à 300 l/ha.
* l'application de Gratil à la dose de 0,03 kg/ha, jusqu'à 15 cm.
* l'application de Valinate à la dose de 200 à 300 g/ha, jusqu'à 15-20 cm.

Dès le début de la levée...
Par temps ensoleillé et par températures supérieures à 10 °C, les altises peuvent engendrer des dégâts importants. Elles mordent les germes, les cotylédons et les jeunes plantules; elles peuvent éclaircir le peuplement et retarder fortement la végétation. En présence du ravageur, dès le fendillement du sol, traiter avec un insecticide à action de choc (pyrèthre). On sera particulièrement vigilant pour les lins ayant des difficultés à lever.
A tous les stades...
Le lin est très sensible aux piqûres de thrips, petits insectes qui ressemblent à des mouches d'orage. Ceux-ci apparaissent par temps sec et leur déplacement est favorisé par le vent. Les attaques peuvent intervenir de la levée jusqu'à la floraison. En piquant les feuilles et le bourgeon terminal des lins, les thrips provoquent un arrêt de croissance. Une attaque précoce donne des lins fourchus. Une attaque tardive provoque des déformations. Les lins prennent dès lors une couleur rousse et un aspect persillé. Les piqûres des boutons floraux peuvent provoquer l'avortement des capsules.
Pour détecter les thrips précocement, cherchez entre les feuilles en formation. Traitez dès détection. Pour les détecter à partir du stade 5 cm, balayer le sommet des lins d'un mouvement rapide de la main ouverte et humide. L'ITL prescrit un traitement dès que le nombre de thrips recueillis est supérieur à 5.

Selon les enquêtes annuelles de l'ITL, beaucoup de liniculteurs appliquent le zinc trop tard. Pourtant, quand les symptômes sont nets, les pertes de rendement peuvent atteindre 50 %. Entre la levée et le stade 3 cm, le lin absorbe 80 % de ses besoins, c'est-à-dire entre 50 et 300 g/ha selon les conditions climatiques. Le zinc joue un rôle prépondérant sur sa croissance et son développement. Il empêche la formation de lins fourchus, préjudiciables à la qualité de la fibre.
Les sols superficiels, tassés et/ou humides augmentent le risque de carence. Par ailleurs, la disponibilité du zinc dans la plante diminue avec l'augmentation du pH. Plus la terre est alcaline (pH supérieur à 7,5), plus le risque de carence augmente. De plus, il est très difficile de déterminer la disponibilité du zinc à partir des analyses de terre. Il arrive fréquemment que le zinc soit en quantité suffisante dans le sol, mais qu'il reste inaccessible pour le lin. C'est finalement l'expérience de l'agriculteur et sa connaissance des parcelles qui lui permettent de déterminer s'il y a risque ou pas.
Toutes les variétés sont sensibles à la carence en zinc. L'apport de cet élément ne peut être que préventif. Quand les symptômes apparaissent - entre 5 et 10 cm - il est trop tard pour y remédier. Pour limiter les risques de carences, l'ITL recommande une application de zinc en pulvérisation foliaire, dès que les premières feuilles apparaissent. L'apport de zinc sous forme de sulfate (4 kg/ha) est efficace et peu onéreux. Mais il est impératif de l'apporter en conditions non gélives sous peine de provoquer la formation de nécroses sur les jeunes feuilles.


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