Publié le vendredi 05 septembre 2003
Les conditions climatiques désastreuses de cette année ont entraîné un fort salissement des parcelles. Le stock semencier d'adventices est important et risque d'être problématique à gérer.
Certaines régions ont tout connu : inondations, gel, sécheresse. Le climat de la campagne a eu un impact direct sur les conditions de levée et le développement des mauvaises herbes. Le gel a provoqué des pertes de pieds, laissant des parcelles éclaircies en proie à la concurrence des adventices, et en particulier des graminées. Le ray-grass, le vulpin, la folle avoine et le brome font partie des principales graminées identifiées posant des problèmes cette année dans de nombreuses exploitations. Une autre espèce en expansion, la vulpie queue-de-rat, pourrait également devenir préoccupante dans les systèmes simplifiés à dominante céréalière. En mars, les agriculteurs qui ont ressemé ont vu par ailleurs des repousses de dicotylédones printanières lever, telles que les renouées ou les matricaires. Mais les conditions étaient trop difficiles pour intervenir au printemps. Les rattrapages tardifs avec les sulfonylurées ou les antigraminées foliaires n'ont pas été efficaces à cause de la sécheresse. Seules les applications réalisées avec une bonne hygrométrie ont permis de réussir certains désherbages et minimiser les pertes.Les conséquences d'un désherbage raté sont multiples. A court terme, la nuisiblité des adventices peut provoquer des chutes de rendement de 5 à 10 %. A plus long terme, un salissement important augmente le risque d'apparition de vulpins, ray-grass ou folle avoine résistants aux herbicides dans une parcelle. De plus, le stock semencier de l'année 2003 risque d'engendrer une maîtrise difficile des adventices pendant au moins deux à trois campagnes. C'est pourquoi la vigilance doit s'accroître, et le désherbage d'automne indispensable dans de nombreux cas. Ce dernier permet d'intervenir en plusieurs passages fractionnés, à des doses plus faibles et à un coût moindre qu'un seul désherbage de printemps toujours coûteux, surtout dans des situations très sales. D'après Gérard Citron, spécialiste du désherbage à Arvalis, ' 90 % d'efficacité sur une population de 100 pieds de vulpins laisse encore dix plantes capables de générer beaucoup de graines, augmentant ainsi le potentiel semencier de la parcelle. ' Arriver à une efficacité optimum du désherbage à moindre coût nécessite de combiner les moyens de lutte chimiques et mécaniques. Un travail du sol profond ou même superficiel réduit, à lui seul, par cinq la population d'adventices. Donc pendant l'interculture, faire lever les adventices avec des techniques de déchaumages et de faux semis (répétés deux à trois fois) permet de diminuer au maximum le stock semencier de la parcelle. Déchaumer superficiellement (5 cm environ et retasser) et tôt après la récolte permet en effet de bénéficier de l'humidité résiduelle de surface qui favorise les levées des graines d'adventices situées dans les couches superficielles du sol. Cet été, la plupart des faux semis ont été inefficaces à cause de la sécheresse, si bien que peu d'adventices avaient levé avant le retour récent des pluies. L'idéal est ensuite de réduire ces levées chimiquement, avec un désherbant total type Roundup, ou mécaniquement, grâce à un labour juste avant le semis. Celui-ci a deux effets : direct car il détruit les mauvaises herbes présentes, et indirect car il enfouit le stock de graines sur un horizon de 25 cm ce qui les empêche de germer (exceptée la folle avoine). Le travail du sol avec labour retarde aussi le développement végétatif d'espèces vivaces telles que le chiendent ou le liseron. Toutefois, les résultats d'une bonne gestion de l'interculture tous les ans ne sont visibles qu'après quatre à cinq campagnes. Les traitements d'automne positionnés en post-semis prélevée ou en post-levée précoce permettront d'éliminer la concurrence d'adventices jeunes et de faciliter les rattrapages au printemps. Le choix des herbicides est à raisonner en fontion des adventices, de leur densité, du type de sol, et des conditions climatiques. En prélevée, il est conseillé d'utiliser des urées substituées comme l'isoproturon et le chlortoluron en adaptant les doses à la situation. Dans les sols de 20 à 30 % d'argile, l'isoproturon seul peut s'utiliser à des doses allant de 1 000 à 1 100 g/ha sur vulpins, et de 800 à 1 000 g/ha sur les pâturins et agrostis, quand les adventices sont au stade 1 à 3 feuilles. En sols sableux, les doses à employer sont légèrement inférieures (800 à 1 000 g/ha sur vulpin, 800 g/ha sur pâturin et agrostis). Quant au chlortoluron seul, les doses conseillées oscillent entre 1 250 et à 1800 g/ha selon les types de sol et les graminées. En postlevée précoce, les antigraminées foliaires type Célio, Illoxan ..., ou à nouveau des urées substituées, sont efficaces. Au printemps, le rattrapage peut s'effectuer, après observation de la flore présente, avec des foliaires qui possèdent une plus grande souplesse d'utilisation que les sulfonylurées (Archipel, Oklar...), qui, eux, ont en revanche l'avantage d'avoir un spectre d'action complet. Attention toutefois à la ruée vers les sulfonylurées qui peuvent entraîner des phénomènes de résistances des vulpins. L'alternance entre les ' sulfos ' avec les autres familles actives d'une part et entre les produits foliaires et racinaires d'autre part sont des solutions pour prévenir la résistance. Par exemple, sur les vulpins résistants, l'isoproturon à 1 500 g/ha, appliqué au stade 3 F à l'automne, associé à une sulfonylurée en sortie d'hiver assurent un bon contrôle. On peut également alterner cultures de printemps et d'automne, réaliser des rotations longues et éviter l'emploi de doses trop faibles pour ne pas sélectionner les individus résistants.
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