Publié le vendredi 29 août 2003
Christine Llense a repris le verger d'amandiers planté par son père. Pour pouvoir en vivre, elle s'est lancée dans la transformation et la vente directe.
Ici, je me sens chez moi. J'ai travaillé dix ans comme hôtesse de l'air, mais ce n'était pas une vocation. Je suis une fille de la terre et j'avais envie de revenir vivre au pays ', affirme Christine Llense, arboricultrice à Laroque des Albères, dans les Pyrénées-Orientales.Installée en piémont, au milieu des chênes-lièges et de la garrigue, elle cultive un verger de 21 ha d'amandiers. Ces arbres ont été plantés par son père, qui était également vigneron. ' Nous avons travaillé ensemble de 1992 à 1995. Il m'a transmis son savoir-faire et il m'a également mise en garde, en me disant que vivre uniquement de l'amande n'était pas possible. J'ai essayé quand même et je me suis rapidement rendue compte qu'il avait raison. ' Son deuxième métier, c'est aujourd'hui la transformation. ' Avec d'autres producteurs, je suis allée en Californie. Nous avons découvert que les Américains transformaient une partie de leurs amandes, avec une valorisation intéressante. A mon retour, j'ai essayé de convaincre la coopérative d'aller dans cette voie, puis, voyant qu'elle ne se décidait pas, je me suis lancée seule ', témoigne Christine. En 1997, Christine a fait ses premiers essais. Elle a commencé par des amandes grillées et salées, à l'ail ou au piment, et de la nougatine. Pour trouver des débouchés, elle a participé à des salons en région parisienne, et s'est constitué peu à peu une clientèle. En 1999, elle a investi 230 000 € pour construire au milieu des vergers un hangar pour le matériel, un séchoir pour les amandes, un laboratoire de transformation et un local de vente. Le pari était risqué. Les ventes ont augmenté progressivement, mais pas assez vite pour lui permettre de couvrir les frais les années de petite récolte. L'amandier n'a pas une production régulière. Suivant les années, Christine récolte sur son exploitation entre 35 et 50 t d'amandes en coque, qui donnent après cassage 10 à 15 t d'amandons. ' Je cultive deux variétés sélectionnées par l'Inra, Ferragnés et Ferraduel. Rustiques, elles s'adaptent bien à mon terroir, et ne nécessitent pratiquement pas de traitements. Elles donnent des amandes d'une excellente qualité gustative, mais leur productivité reste limitée. ' Ses coûts au verger varient entre 3,81 €/kg et 4,26 €/kg d'amandons. Après déduction des frais, sa coopérative les lui paye actuellement à 3,05 €/kg. ' Je dois transformer une plus grande part de ma production si je veux m'en sortir ', affirme Christine. Pour l'instant, elle vend encore près des deux tiers de ses amandons en brut. La part transformée est commercialisée à 50 % en direct, à la ferme ou par correspondance, à 25 % dans les foires et salons, et à 25 % par des distributeurs de produits régionaux. Pour progresser, elle a choisi d'élargir sa gamme. En 2003, elle s'est équipée d'une presse artisanale avec laquelle elle produit de l'huile d'amande vierge destinée à la cuisine et de l'huile d'amande douce à usage cosmétique. Les tourteaux obtenus après pressage, une fois séchés et broyés, sont valorisés en farine. Pour lancer ces produits, elle a fait appel à Guy Travé, qui s'occupe de la communication et de la vente. Elle s'est appuyée sur des chefs cuisiniers qui ont mis au point des recettes avec son huile d'amande vierge et sur un chocolatier alsacien qui a créé pour elle une spécialité, le rocher des Albères, en associant farine d'amande et chocolat. ' Travailler avec d'autres artisans qui aiment leur métier et cherchent à valoriser les produits de terroir est un grand plaisir. ' Christine emploie une personne au verger, et quatre à la transformation et à la vente. Les frais sont élevés. Après analyse des coûts de revient de chaque produit, elle a dû réajuster ses prix de vente à la hausse. ' Pour dégager une marge, je dois proposer une qualité impeccable, et me placer clairement sur un créneau haut de gamme. ' Sur le premier semestre 2003, son chiffre d'affaires a augmenté de 140 %. Le deuxième semestre, sur lequel Christine réalise habituellement 70 % de ses ventes, devrait être encore meilleur. ' Je crois que cette fois, je suis dans la bonne voie. Après des années difficiles, j'espère commencer à avoir un retour sur mes investissements, et pouvoir souffler un peu. Cette année, j'ai enfin pu prendre des vacances avec mes filles ! '
FRÉDÉRIQUE EHRHARD
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