Publié le vendredi 13 avril 2001
Dédier 20 % ou 30 % des primes au maintien du troupeau de vaches allaitantes aux génisses favorise la production des génisses lourdes.
La Pac, dans sa dernière version, intègre pleinement, pour la première fois, les génisses. Depuis un an, les éleveurs ont ainsi la possibilité de déclarer des génisses pour la PMTVA (*), dans la limite de 20 %. Cette possibilité pourrait devenir une obligation l'an prochain, si le projet proposé par la Commission européenne pour réaménager l'organisation commune des marchés est validé. Il est même question d'imposer un taux compris entre 20 % et 40 %. Les génisses de boucherie donnent droit à une prime spécifique à l'abattage. Celle-ci s'élévera en 2002 à 750 F. Enfin, bien que la Pac table sur une baisse des prix de 20 %, il est peu probable que les animaux commercialisés dans les filières de qualité reculent d'autant. L'expérience montre que la baisse des prix, observée lors de la précédente Pac, a été moindre que celle attendue et les animaux de qualité sont moins touchés par les crises. Prenons le cas d'un naisseur avec 70 vêlages sur 75 ha, qui s'agrandirait de 10 ha. A chargement constant, il a deux solutions : produire des génisses lourdes après passage à l'herbe ou augmenter son nombre de vaches. S'il n'a pas de droit à primes supplémentaires, il est préférable d'opter pour la première solution. Selon les calculs réalisés par l'Institut de l'élevage à Limoges, l'excédent brut d'exploitation gagnerait grosso modo 20 000 à 30 000 F en prenant comme hypothèse une baisse du prix de vente comprise entre 2,10 F et 3,20 F/kg carcasse. Ce résultat, déjà constaté dans le cadre de l'ancienne Pac, prend aujourd'hui plus d'ampleur et il tient encore lorsque l'éleveur peut obtenir de nouveaux droits à prime car il n'y a plus de concurrence sur la PMTVA entre une génisse et une vache. Et plus le pourcentage de PMTVA dédié aux génisses sera élevé, plus l'allongement des cycles de production sera attrayant. ' Sans augmentation de surface, le raisonnement est le même ', ajoute Pascale Chapelle, de l'Institut de l'élevage de Limoges. Produire de la génisse lourde dans le nouveau contexte de la Pac est une alternative intéressante mais elle présente aussi certaines limites. Tout d'abord, les primes à l'abattage sont plafonnées. L'enveloppe nationale s'élève à 600 millions de francs pour 800 000 génisses, soit 750 F/génisse. Si la production dépasse ce niveau, la prime sera réduite d'autant. Toutefois, l'intérêt de la génisse lourde n'est pas remis en cause. D'autre part, l'arrivée massive, ou du moins forte, sur le marché de femelles de ce type pourrait poser quelques problèmes commerciaux, puisqu'elles se positionnent sur des créneaux de qualité. Cependant, la demande est telle, aujourd'hui, que les opérateurs ne craignent pas un afflux. Côté technique, la génisse lourde est souvent considérée par les opérateurs comme un produit plus hétérogène que la jeune vache. Pour l'éleveur, l'allongement des cycles impose aussi des contraintes zootechniques. Il entraîne également une capitalisation financière. Cependant, la vente des vaches hors primes permet de dégager de la trésorerie. (*) PMTVA : Prime au maintien du troupeau de vaches allaitantes.
Cécile Blanchard
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