Publié le vendredi 06 avril 2001
Dans un village, tout le monde se connaît. A fortiori au sein de son conseil municipal. Même quand deux listes s'opposent, les liens restent forts entre les individus.
Les cinq cents habitants de Benon, dans le nord de la Charente-Maritime, ont toujours eu à choisir entre deux listes. Au moins deux listes. Parfois se sont aussi présentés des candidats seuls, sans colistiers. Ensuite, les villageois glissent dans l'urne l'un des bulletins proposés ou panachent allègrement. Cinq d'une liste, six de l'autre. Quatre de l'une, cinq de la seconde, plus encore deux qui ne s'étaient pas présentés mais qu'on verrait bien au conseil municipal et dont on griffonne le nom au bas du bulletin.Ici, on ne vote pas pour un parti politique, on vote pour des personnes. Pour sa voisine, son collègue, l'institutrice ou celui qui anime tous les mardis soirs l'atelier ping-pong du Foyer rural pour les gamins du village. En revanche, on raie sur la liste celui avec lequel, depuis les bancs de l'école, on ne s'est jamais entendu. Ou celui qui, récemment arrivé dans le village, est soupçonné de vouloir en bouleverser le mode de vie. Et les résultats sont parfois curieux. Il y a six ans, la liste menée par le maire sortant était élue dès le premier tour. Les onze candidats de l'autre liste faisaient grise mine. Depuis, le village a grossi et a franchi la barre des cinq cents habitants. Et s'est donc choisi cette fois quinze conseillers. Quels sont les intentions des nouveaux venus ? Leurs demandes ? Le moment du dépouillement est chargé de tensions. Les deux camps se jettent des regards en coin. Se dessinent sur les visages, selon la progression des résultats, ici un sourire satisfait, là une grimace réprimée. Cette fois-ci, les partants des deux bords se partagent le conseil. Neuf d'un côté, six de l'autre, six femmes et neuf hommes. Les villageois changent, leurs représentants aussi. Après les élections des conseillers vient celle du maire. La salle de la mairie est comble. Dans les rangs, on trouve les parents, les conjoints ou les enfants des nouveaux élus. Le premier adjoint de l'ancienne municipalité devient maire. Quatre adjoints vont l'épauler dans sa tâche. Parmi eux est élue une conseillère de la liste adverse. C'est là un signe attendu. ' Nous allons pouvoir travailler en bonne entente ', se réjouit la nouvelle adjointe. Tous les conseillers se connaissent, tous se croisent sur les chemins du village ou à la boulangerie. Sur les quinze élus, cinq sont agriculteurs. Certes, ils se répartissent entre les deux listes. Mais les liens entre eux dépassent ce clivage. Adhérents d'une même Cuma, habitués à organiser ensemble les chantiers d'ensilage, ils se respectent. Même si les nouveaux habitants se font plus nombreux, l'agriculture reste au coeur des préoccupations du village. Et on peut imaginer que les réunions du conseil municipal se préparent parfois aussi dans les champs.
Myriam Guillemaud
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