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La France Agricole numéro 2878

Tout est allé très vite '

Publié le vendredi 16 mars 2001

Entre la ferme de Jean-François Reboux et celle de Francis Leroyer à La Baroche-Gondouin (Mayenne), il n'y a pour toute frontière qu'une route départementale. Le premier est un négociant en moutons chez qui huit ovins d'origine britannique ont réagi fortement aux tests de dépistage de la fièvre aphteuse. Les 1 229 ovins présents sur son exploitation ont été abattus le 5 mars. Le second était, jusqu'à lundi dernier, à la tête d'un troupeau de vaches laitières et d'un atelier d'engraissement de jeunes bovins. ' Lundi matin, j'ai observé que l'une des vaches boitait. A midi, une autre semblait avoir des douleurs dans la bouche. J'ai appelé le vétérinaire qui n'a eu aucun mal à déceler la fièvre aphteuse. Le soir même, cinq autres bovins étaient atteints. Ensuite, tout est allé très vite. Les services vétérinaires et le Groupement de défense sanitaire ont passé une partie de la nuit à euthanasier le troupeau, 112 animaux au total. Dès le lendemain, des engins de terrassement ont creusé un grand trou à proximité des bâtiments, puis l'incinération a commencé. '
Dans quelques jours, les bâtiments seront désinfectés, mais Francis Leroyer et son épouse songent à reconstituer leur cheptel... seulement lorsque toute trace du fléau aura disparu de la région. Ils n'expriment aucune rancoeur à l'égard de son voisin : ' Il faut bien que les gens fassent du commerce, mais un tel transit d'animaux de toutes provenances devrait-il être toléré dans une zone où il y a une grosse concentration d'élevages ? '
Autour de ce premier foyer, l'inquiétude est grande. Comme d'autres éleveurs, Philippe Grandin a installé un rotoluve sur le chemin qui mène à son exploitation, basée à Couterne (Orne). ' Ma ferme se trouve à 4 km à vol d'oiseau du foyer et sous les vents dominants. Avec d'autres éleveurs, on commence à se préparer psychologiquement. Le virus est tellement volatil, et puis au départ, les mesures de précaution ont été trop longues à se mettre en place. Il s'est passé quelques jours avant que le premier périmètre de sécurité soit vraiment bouclé. Ce matin, des camions sont venus chercher du bois pas loin d'ici pour approvisionner le bûcher. De toute évidence, leurs roues avaient à peine été lavées. ' Alors l'éleveur, par ailleurs conseiller municipal, a pris le taureau par les cornes pour dresser des barrages terrestres face au virus. ' Ce matin, je suis allé aménager un pédiluve à l'entrée de l'école communale. Le problème, c'est qu'il y a des gens avec un esprit très civique et d'autres que ça fait rigoler... '

Rémy Serai


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