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La France Agricole numéro 2982

Pays-Bas : 700 000 kg de lait pour rester dans la course

Publié le vendredi 25 avril 2003

Pour s'adapter au contexte commercial international, les Néerlandais sont prêts à restructurer leur secteur laitier sans états d'âme.

Le gouvernement néerlandais est favorable à une réforme anticipée de la politique laitière européenne, rapporte Meeuwes Brouwer du ministère de l'Agriculture, de la Nature et de la Pêche. Le pays exporte beaucoup et certaines évolutions sont fondamentales pour nous. ' Le décor est planté. Aux Pays-Bas, le projet Fischler de réforme avancée de la politique laitière européenne trouve un écho plutôt favorable. Le seul point sur lequel ce pays est en accord avec la France concerne le maintien des quotas. Notre voisin du nord juge même l'augmentation des droits à produire de 3,2 % trop rapide. Il souhaite qu'une évaluation ait lieu en 2006, après une augmentation de 1 %, pour savoir si les 2 % prévus en 2007 et 2008 sont vraiment nécessaires au regard du marché. ' Et si le prix du lait se rapproche du prix mondial, notre position sur le maintien des quotas sera à revoir ', prévient-il.
L'attitude très libérale des Pays-Bas ne s'arrête pas à la façon qu'ils ont d'appréhender la gestion des références laitières. A l'Organisation mondiale du commerce (OMC), par exemple. ' Nous sommes prêts à aller plus loin que la proposition de la Commision, poursuit-il. La baisse progressive des restitutions peut se discuter. ' Le pays sent bien qu'il est isolé sur ce dossier mais il campe sur ses positions. Son objectif : anticiper la réforme laitière pour profiter le plus tôt possible de la croissance du marché mondial des produits laitiers.
La baisse des prix d'intervention n'effraie pas non plus nos voisins du nord. Les Pays-Bas sont même favorables à la différentiation proposée par Franz Fischler dans son projet de réforme à mi-parcours entre le beurre et les poudres de lait. Ils prônent également une limitation de l'intervention dans le secteur du beurre, craignant que si les quotas augmentent, les stocks de beurre en fassent autant lors des années difficiles. ' Les Etats membres qui ont bénéficié d'une augmentation de quotas en 2000, mettent du beurre à l'intervention, argumente Meeuwes Brouwer. La baisse de 15 % des prix d'intervention prévue dans les accords de Berlin n'est pas suffisante. Nous souhaitons aller au-delà, notamment à cause de l'OMC. ' Le fonctionnaire n'avance pour l'instant aucun chiffre précis. Son gouvernement attend les résultats d'une étude avant de se prononcer.

A ce rythme-là, la production néerlandaise subira des mutations profondes. ' En 2010, les Pays-Bas compteront 16 000 exploitations laitières disposant chacune, en moyenne, d'un quota de 700 000 kg, prévoit Meeuwes Brouwer. Avec des troupeaux de 70 vaches laitières. ' Quel chemin parcouru depuis l'entrée en application du régime des quotas laitiers. A l'époque, le droit à produire moyen des 57 995 ateliers laitiers s'établissait à 215 000 kg. Il est aujourd'hui de 401 000 kg et concerne 27 926 exploitations. ' Nous nous attendons à ce que 70 % de la production soit réalisée par de grandes exploitations de plus de 100 vaches. '
Côté producteur, l'opinion semble différente. ' Nous sommes prêts à discuter comment orienter l'agriculture plus vers le marché, concède Siem Jan Schenk, le président de la section laitière du syndicat majoritaire LTO-Nederland. Mais les propositions de Franz Fischler sont incompréhensibles et vont trop loin. ' Et pour cause ! L'étude dont le gouvernement attend les conclusions pour arrêter sa position est alarmante. Le projet bruxellois se solderait par une baisse du revenu des producteurs laitiers de moitié. ' Ce sont des perspectives inacceptables, reprend le syndicaliste. Il faut avoir une discussion intégrant les perspectives de revenu. On peut attendre jusqu'en 2007-2008 pour réformer. Mais d'ici dix ou quinze ans, le modèle européen avec protection aux frontières devra être démantelé. ' Une autre ombre plane. Siem Jan Schenk sait que le développement des exploitations prévu dans les dix ans à venir demandera des fonds importants. Pour acheter les terres mais aussi le quota. Ce dernier se négocierait aujourd'hui 2,70 € (17,71 F) par kilo de lait. L'augmentation de la référence laitière moyenne de 401 000 à 700 000 kg coûterait 807 300 € (5 300 000 F). Siem Jan Schenk n'est pourtant pas prêt à renoncer à la vente de quotas. Il souhaite que les négociants qui servent aujourd'hui d'intermédiaire disparaissent. ' Le marché serait plus transparent. Pour la survie de la production laitière aux Pays-Bas dans les 10 ans, il est important que les évolutions soient progressives, souligne-t-il. Il est fondamental que nous maîtrisions les prix du quota et du foncier pour que le coût de production néerlandais ne se fasse pas distancer. Pour que nos exploitations familiales atteignent une taille suffisante pour rester dans la course ! '

Source : ' Quel avenir pour la filière laitière aux Pays-Bas ? ', séminaire organisé par l'ambassade de France à La Haye, aveil 2003.




ERIC ROUSSEL


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